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Les 10 meilleurs albums de 2020

par | 29 Déc 2020 | Music and Me

Cette année 2020 fut éprouvante pour tous. Nul concert ou ritournelle ne fut donnés en public pour cause de virus glouton. Mais qu’importe. Les artistes ont sortis des albums à l’image de cette drôle d’année 0 : inventifs, mélancoliques, surprenants, hybrides et passionnants. Voici le top ten les gars (et les filles bien sûr).

10/ Dua Lipa – Future Nostalgia

Label : Warner Records | Genre : Synthpop / Nu-disco

En l’espace de quelques featurings et d’un premier album très convaincant, Dua Lipa est la nouvelle coqueluche des jeunes stylés. Et non sans raison. Future Nostalgia, malgré son titre évocateur, est ancré dans plusieurs époques. Dansant, joyeux, sexy parfois mélancolique, l’album assume sans problème ses origines 2000 avec classe, et une relecture moderne convaincainte. Au menu : Don’t Start Now, survitaminé, le très beau Cool, l’étrange PhysicalLevitating et son charme suranné, le très 2000 Hallucinate et son clip magnifique, la bombe atomique du disque. Entre passé, présent, et futur de la pop, Dua Lipa préfère ne pas choisir et sautille entre ces planètes de ses jambes de gazelle et ne craint pas parfois le trop-plein. Ici, il est question de sentiments, d’émotions, d’explosions de cerveau. Future Nostalgia permettra de se réconcilier avec ces démons 2000 en rêvant du futur avec sérénité.

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9/ Róisín Murphy – Róisín Machine

Label Skint / BMG | Genre : Synthpop / Disco

Moloko, cela fait un paquet de temps que c’est fini, et l’on aurait pensé que Róisín Murphy était condamnée à n’être qu’un ectoplasme. Mais rien ne se passe jamais comme prévu dans la vie, pas vrai ? Dans Róisín Machine, Róisín Murphy explore les années 70 et 80 avec une classe folle et beaucoup d’ingéniosité. Un flow imparable, un sens certain de la chaleur humaine, et une voix comme toujours, parfaite… comment ne pas succomber à cet OVNI venu d’une époque où Olivia Newton-John était le summum du swag ? L’excellente intro de Simulation, la beauté noire de Kingdom Ends (renversante chanson), Something More et sa soul brûlante, Shellfish Mademoiselle et ses accents nu-disco 2000 (décidément) délicieusement anachroniques, Murphy’s Law et son R’n’B clinquant, mégahit en puissance, le disco foudroyant de Narcissus. Bref, cette machine à Róisín ne risque pas de rouiller et vous piège sur le dancefloor comme une mouche sur un caramel !

8/ Sébastien Tellier – Domesticated

Label : Records Makers | Genre : Electro / Pop

Ce n’est pas franchement un scoop de dire que j’aime d’amour fou Sébastien Tellier. A chaque écoute de ses albums avec le temps, on découvre toujours quelque chose de nouveau. Tant pis si les thèmes abordés n’ont rien à voir : L’incroyable vérité et le spleen, Politics et les immigrés, voire le sexe avec Sexuality ou la philosophie raëlienne avec My God Is Blue. Tant pis si on n’y comprend rien. Ici, on parle d’une vie domestiquée, d’un retour à la normale, du moins en apparence. On pourrait trouver ses envolées lyriques romanesques, voire cucul, et l’usage de l’Auto-Tune trop prononcé, mais l’ensemble, un poil brinquebalant, fonctionne. Pourquoi? Parce que Sébastien Tellier. Le roi du clavier, le maestro du synthé quoi. Donc c’est très beau, encore une fois. L’angélique A Ballet et son défilé de gants de vaisselle, l’étonnant Stuck in a Summer of Love, le 80’s Venezia, le charme robotique de Domestic Tales. Une vision d’un quotidien à la maison charmant et rêveur, un conte moderne. Je ne regarderais plus ma vaisselle du même oeil maintenant, c’est malin !!

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7/ Childish Gambino – 3.15.20

Label :  RCA | Genre : Rap / Hip-Hop

Donald Glover de son vrai nom, s’était visiblement ennuyé cette année, et nous livre sa dernière trouvaille musicale. L’opus a fait grand bruit, même s’il a désarçonné certains puristes pour un virage plus mainstream. Qu’est-ce que j’en pense? Qu’on devrait parfois arrêter de s’agacer sur des pécadilles et se concentrer sur l’essentiel : la musique. Car la musique, c’est la vie de Childish Gambino, et ça se sent. Nébuleux, parfois incohérent, 3.15.20 n’est pas simple à aimer, mais lorsqu’on découvre son talent caché, la beauté nous frappe en plein visage. Algorhythm et son flow de machine imparable, Time en duo avec Ariana Grande, splendide, le merveilleux 12.38 et sa floppée de featurings de qualité (21 Savage, Kadhja Bonet), 19.10 et son R’n’B classe, 39.28 et son chant choral. Moins accessible que ses prédécesseurs, l’album est une étrange expérience pour ceux qui sont habitués à un Gambino plus « frontal ». Ici, on parle d’introspection, de révolte intérieure, dans une rage contrôlée et une mélancolique foudroyante.

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6/ Charli XCX how i’m feeling now

Label : Atlantic / Asylum | Genre : Electro / Pop

Et enfin le premier album estampillé Covid-19 selon les médias. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la pauvre Charli en a gros sur la patate. Sorti en plein lockdown, composé en collaboration avec ses fans et trois bouts de ficelle, l’album est certifié DIY puissance mille. Et quid de la musique, me diriez-vous ? Une véritable explosion. Une recherche esthétique certaine et un goût pour la provocation. Sombre, électrique, parfois inaudible, les boucles électro sont aussi aiguisées que des bouts de verre où la voix adolescente de la chanteuse sautille avec grâce et élégance. Le single entre désordre et beauté Forever, le tordu Claws, le joyeux 7 Years, la joie enfantine de Detonate où Charli traîne son ennui, le R’n’B rétro de I Finally Understand. Une énorme surprise en cette année 2020 difficile pour tous. Charli se livre sans fard, un brin ennuyée, lorgnant sur son caméra, rêvant certainement à une meilleure vie, une vie avec de la joie et sans virus bien sûr.

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5/ Arca – Kick I

Label : XL | Genre : Expérimental

Vous pensiez que SOPHIE, c’était une planète d’incompréhension ? Voici Arca, un cran au-dessus de tout ce qu’on peut qualifier de bizarre. La Vénézuélienne s’est fait connaître pour avoir produit bon nombre de chansons de Björk, SOPHIE (tiens donc) ou encore Shygirl. C’est donc une professionnelle qui nous livre ici une expérience aussi déroutante que l’existence probable d’un Dieu. Essayer de chroniquer Kick I, c’est comme retranscrire le rêve perdu d’une créature extra-terrestre qui serait venue sur Terre observer les humains. Intense, d’une beauté confondante, l’album surprend par ses choix cohérents musicaux : l’intro Nonbinary en forme de manifeste sexuel, la ballade stellaire Time, le reggeaton futuriste de Mequetrefe et son espagnol haché, le rap explosif de Riquiqui, l’Enfer électro de La Chiqui en duo avec SOPHIE, le chant d’amour Machote datant de 3024. Tout sonne comme la B.O improbable d’un anime japonais de la Gainax aux accents latino, quand on se prend à rêver aux délires cyberpunk de Blade Runner. Une véritable étrangeté qui nous hante encore.

4/ Tame Impala – The Slow Rush

Label : Universal Music / Interscope / Island | Genre : Pop psychédélique

Quatrième album (mine de rien le temps passe vite), et quatrième diamant sorti du sable de la pochette (métaphore d’un rêve du chanteur?). The Slow Rush vous promet ce que raconte le titre : une lente descente vers les rêveries toujours passionnantes de Kevin Parker, le leader du groupe. Mais comment diable ces Australiens arrivent-ils à se renouveler sans cesse dans un genre qu’on croyait mort depuis les années 70?? C’est donc la gorge nouée que je me rends compte que The Slow Rush est la rêverie étrange qui me manquait en cette année 2020. Même si l’on sent poindre une légère lassitude, c’est vite dissipé par une flopée de chansons merveilleuse : Instant Destiny, impeccable, le groove classieux de BorderlinePosthumous Forgiveness et ses aléas vocaux, la soul de Breathe Deeper, l’entraînant Lost In YesterdayIt Might Be Time d’une splendeur qui laisse sans voix. Bref, The Slow Rush c’est la confirmation évidente que Tame Impala est un grand groupe, ponctuant sa carrière d’excellents albums qui revisite le passé et anticipe le futur sans trop se poser de questions, avec une classe folle…

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3/ Gorillaz – Song Machine, Season One : Strange Timez

Label : Parlophone / Warner | Genre : Pop / Electro

Mais bon sang, est-ce que 2020 a réveillé les dieux de la musique pour nous préserver de la décrépitude ? Après la bombe Charli XCX lâchée sans ménagement, voilà que Damon Albarn, fichtrement ennuyé par le Brexit et le Covid, nous lance en pleine pandémie l’un de ses meilleurs albums. Car Gorillaz est revenu, et pas en petite forme d’après le disque. Parce que oui, Song Machine est une explosion de couleurs et de saveurs savamment mélangées, une véritable déclaration d’amour à la pop britannique aux influences africaines, cubaines, asiatiques, avec des guests aussi éclatants leurs voix : Robert Smith de The Cure, la princesse Fatoumata Diawara, l’époustouflant Beck, et l’improbable mais toujours intact Elton John. Une fournée de chansons grande qualité : l’intro Strange Timez (tu penses…), belle et mélancolique, la vitalité de Valley Of The Pagants, la splendeur marine de The Lost Chord en duo avec Leee John la voix céleste du groupe Imagination, le duo en français Désolé avec Diawara plus belle que jamais, bref je m’arrête ici. Je frôle la crise cardiaque de toutes ces surprises moi. Une bombe pop inoubliable, je dis.

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2/ Rina Sawayama : SAWAYAMA

Label : Dirty Hit / Avex Trax | Genre : R’n’B / Pop / Metal

Et moi qui pensais bêtement que 2020 serait une année triste en matière de musique. Quelle stupidité. A peine relevée de tous ces éclats agressifs d’artistes en pleine crise artistique, je tombe sur SAWAYAMA, à priori un album de pop inoffensif. Grossière et monumentale erreur. A peine le disque écouté, j’explose en mille morceaux. Qui n’a jamais rêvé de mélanger la pop de Britney Spears avec le métal de Rammstein? Hein? Personne ? Et bien Rina l’a fait. Et on peut se l’avouer : elle s’en sort admirablement bien, au-delà de tout ce que mon petit coeur de critique débutante pouvait espérer. On croise aussi bien une ballade à la Nightwish dans Dynasty que les Destiny’s Child avec l’entraînant XS, la déflagration grunge de STFU ! aux accents K-Pop, le sensuel Comme des Garçons (Like The Boys), l’électro parfaite de Akasaka Sad, la dance rétro 90’s de Love Me 4 Me, la rêverie Fuck This World. Je sens la fatigue me gagner devant tant de talent. Rina Sawayama se permet même de critique le consumérisme, le racisme envers les asiatiques, et la place des femmes dans les communautés LGBTQI+ avec intelligence. Pour ça, Je tire mon chapeau.

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1/ Grimes – Miss Anthropocene (Deluxe Edition)

Label : 4AD | Genre : Electro

Non contente d’avoir donné un rejeton à Elon Musk appelé sobrement X Æ A-12 (je vous jure), Claire Boucher a eu la force d’accoucher d’un autre enfant, le bien nommé Miss Anthropocene. Et à partir de cet instant, les mots me manquent. Cette dame a le pouvoir de me mettre à terre grâce à ses compositions exigeantes et sa voix d’ange noir qui terrasse tout. Miss Anthropocene, c’est le poème du bizarre, de l’incongru, d’une électro protéiforme qui se mélange, de la transhumanité, de la machine. La beauté sombre et tordue de Darkseid, l’intro en forme d’attaque cérébrale So Heavy I Fell Through the Earth, puis on débarque sur terre avec la pop de Taylor Swift avec Delete Forever, on repart dans les étoiles avec Violence aux accents ambient, et on est terrassé face à la supernova 4AEM, absolument belle, merveilleuse, splendide, au déroulement d’une perfection presque surnaturelle. Tout paraît trop beau pour être vrai : New GodsMy Name is Dark, et tant d’autres. Miss Anthropocene est un monstre, qu’il faut savoir apprivoiser pour en découvrir tous les talents cachés. Je m’arrête là, jugez par vous-même et vous comprendrez.

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Mentions spéciales 2020 : 

Nicolas Godin – Concrete & Glass

Label : NCLS | Genre : Electro

Je n’attendais plus grand-chose de ceux qui ravirent mon adolescence avec leur électro enjouée, d’une tristesse contemporaine qui sert le coeur, et pourtant, l’un d’eux est revenu de l’Air, il s’agit de Nicolas Godin. Après une relecture intéressante mais un poil trop inaccessible pour moi de Bach avec Contrepoint, Godin s’intéresse aux racines noires de la musique, en ne cachant pas son amour profond de la soul et du funk des années 70 et 80. Le béton et le verre retrouvent ici une nouvelle jeunesse. Obsédé par l’architecture et l’atteinte de la perfection, Godin nous transporte dans un monde suranné, apaisant aux troubles profonds cachés avec grâce. Tout se déroule sans accros avec un timing d’orfèvre : tout commence fort avec Concrete & Glass, Back To Your Heart en duo avec Kate NV chaud et avenant, We Forget Love avec Kadhja Bonet, où l’on retrouve Air durant un court instant, la lenteur appréciable de Time On My Hands. Godin s’est réveillé de sa torpeur, mélange ses rêves de funk, d’architecture (La Cité Radieuse, hommage au Corbusier), et de beauté sensuelle avec intelligence et bonheur. Une vraie découverte qui rafraîchit les coeurs brûlés par les douleurs de 2020.

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Luke Vibert – Luke Vibert Presents Rave Hop

Label : Hypercolour | Genre : Electro

Ah Luke Vibert. Une véritable planète à lui tout seul. Déjà auteur des légendaires groupes Wagon Christ et Plug, il donna ses plus belles compositions à la musique électronique sur des labels tout aussi légendaires que Rephlex (avec Aphex Twin), Ninja Tune, Planet Mu ou le mythique Warp ! Peut-on dire que Luke Vibert est à court d’idées? Non, jamais je vous dis, il ne le sera. Ses sons, exigeants, travaillés à l’extrême, mélangent les mathématiques et la folie douce avec une bonne dose de soul music. Les voix des artistes afro-américains retrouvent ici un seconde jeunesse dans une ambiance de kermesse irrésistible. Hypnotique, classe, magnifiquement bien orchestré, Luke Vibert Presents Rave Hop est d’une beauté déroutante. Pas vraiment grand public, un peu taré sur les bords, l’album est une fascinante ballade dans l’univers bigarré de Vibert. On note les parfaits Hot Fingers et son Rn’B de pointe, No Competition et son charme 90’s délicieusement rétro, le piquant et cartoonesque Session, le rap électro majestueux de Styles. De quoi finir 2020 en beauté !

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