Et on commence avec l’électro.

Elle est toujours là , belle et vivante. Cette décennie fut riche en expérimentations dans ce domaine. Fini le revival disco, les calibrages bidon et les starlettes en body venant d’Allemagne ou Suède (coucou Eric Prydz). La qualité était revenue, c’était enfin bien. Même si la trap music a encrassé les enceintes, et que beaucoup trop de bons DJ ont vendu leur âme pour l’infâme EDM qui caracole en tête des charts et qui règne en maître dans certains festivals (coucou Tomorrowland).

Mais certains genre ont refait leur apparition, comme le 2-step, disparu trop tôt car usé jusqu’à la corde, mais qui a encore de beaux jours devant lui, ou encore la house vintage, rehaussée par les frères de Disclosure. La French Touch, qui avait disparu dans les années 2000 noyée dans du nu disco bas de gamme, a fini par connaître une seconde apogée dont les années 2010 furent le symbole. On ne compte plus les nouvelles recrues : Yuksek, C2C, Gesaffelstein, M83 et même ce bon vieux DJ Snake que personne n’aime mais que j’aime bien quand même. Les anciens étaient devenus : Kid Loco, Cassius, et Saint Germain avec beaucoup de bonheur.

Aujourd’hui, mettre un sample vaguement électro n’est plus infamant et hors de propos comme ce fut le cas autrefois. C’est même devenu la norme, pour le meilleur et parfois (hélas) pour le pire. Parfois ça marche comme le remix dance de Head With Rolls des Yeah Yeah Yeahs par A-Track & parfois pas du tout comme l’horrible Decisions de Borgore en duo avec Miley Cyrus. Mon corps se couvre de plaques rien que d’y penser, brrr. Stop. Arrêtons le massacre. Repensons aux années 90. Et mélangeons ça avec les nouvelles technologies et laissons-nous aller.

Ce que l’on retient ? Vive la house bordel. Trop de vaporwave tue la vaporwave. Le crunkcore est mort, qu’il reste là où il est. Finissons-en avec le drum’n’bass qui tourne en rond. Darude fait des bons disques. A bas l’EDM. Je me fous de l’Electro Swing. On a perdu le Big Beat, peut-être reviendra-t-il un jour ? Daft Punk est encore vivant et électrique. Philippe Zdar dans mon coeur à tout jamais, qu’il repose en paix avec DJ Mehdi. Evitez les trucs en hauteur ou sur les balcons s’il vous plaît. Vive aussi le 2-step.

Bref. Voici les 12 meilleurs albums des années 2010 dans la catégorie Electro.

Et à bas l’EDM.

Robyn - Body Talk

12.

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Robyn

Body Talk

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Année : 2010 | Label : InFiné | Genre : Électro Pop

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Drôle de carrière qu’a eu Robyn. Pour ceux comme moi qui sont nés en 1990, vous devez connaître Show Me Love, hit ado dans la lignée de Britney Spears. Avec le temps, la chanteuse se révéla bien plus profonde que l’image qu’elle renvoyait. Il faut dire que la Suède nous a pondu d’excellents artistes : Roxette, The Cardigans, The Hives, Neneh Cherry ou Peter, Bjorn & John (et des trucs navrantes comme Rednex ou Alcazar…). Robyn fait bien sûr partie du lot, et le chemin fut long jusqu’à la liberté. Les labels, pas vraiment chauds à lâcher la poule aux oeufs d’or, ne voulaient pas entendre autre chose qu’une pop bien tranquille. Après plusieurs désaccords, Robyn décide de se consacrer à son virage électro. Ce fut un bon choix. En 2010 sort l’album Body Talk, fruit entier composé de trois minis albums sortis les années passées. En d’autres termes, un ensemble logique de monceaux de créativité et de vivacité féminine, voire féministes. En d’autres termes, c’est un must have. On retiendra l’énergique Fembot, le mégahit techno/dance Dancing On My Own, ou encore le dansant Dancehall Queen aux paroles je-m’en-foutiste : « à présent ta mâchoire est tombée / jusqu’à ce que la musique s’arrête, tu le sais, je continue à mener la danse comme une vraie reine du dancehall / Je ne veux vraiment pas d’ennuis. » Energique, vivace, inventif (rap, ragga, electro, dance), l’album fait bouger le corps. Un bon début de décennie électro s’annonce…

11.

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Yuksek

Living On The Edge Of Time

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Année : 2011 | Label : Disques Barclay | Genre : Dance

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Si une loi existait sur la limitation pour chaque chanson, je pense que ce serait à cause de Yuksek. Lorsque Always On The Run débarqua à la radio, j’avais pris la ferme décision de ne plus l’écouter, justement, la radio. Fichtre. Crotte. Heureusement, le clip passait en boucle sur NRJ12 (chaîne de télé de qualitay) et j’ai pu alors remettre la main dessus. Je n’aurai pas du, car à peine écoutée, la chanson s’incrusta durablement dans ma tête. Living On The Edge Of Time est une bouffée d’air frais dans une French Touch qui tournait en rond. On sentait le vent changer grâce aux talents d’Agoria ou Vitalic, mais entre la techno métal de Justice et les atermoiements d’un Chateau Marmont, que restait-il de joyeux, entraînant, mystérieux ? l’album répond à cette question avec brio. Always On The Run est un hit excellent, une bonne entrée en matière à ce qui va suivre : White Keys et ses chants d’enfant, Off The Wall et ses délires cartoonesques, On A Train entre chants d’église et claviers au sommet, Say A Word et son style rétro-futuriste, la liste est longue. Mention spéciale à la chanson titre de l’album, et le bien nommé Fireworks. Entre nostalgie 80s et la modernité, Yuksek a créé le pont parfait. Point d’ennui à l’écoute de l’opus, vous pouvez être sûr de danser comme jamais.  « Vivre sur les bords du temps », et observer autour de soi avec l’espoir qu’une vie nouvelle se pointe à l’horizon… en écoutant l’album bien sûr. Et bien moi je dis oui tout de suite.

Yuksek - Living On The Edge Of Time
Para-One - Passion

10.

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Para-One

Passion

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Label : Because Music | Genre Dance / Électro

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Cela fait un bout de temps que je suivais d’un oeil distrait les aventures électroniques de Jean-Baptiste de Laubier, aka Para-One. Bien que détestant TTC de tout mon être (ces paroles bon Dieu, c’est pas possible), je lui reconnais un certain talent dans l’arrangement et ses expérimentations mêlant bris de verre, mélancolie et orage. On le connaissait surtout pour les fantastiques BO qu’il a composé pour les films de Céline Sciamma Naissance des Pieuvres, Tomboy, ou encore Bande de Filles que je vous conseille vivement d’écouter. En solo, que vaut Para-One ? C’est extra c’est sûr. Beaucoup de critiques s’accorderont à dire que Passion est un brin commercial, avec une tendance à la surenchère. Pas vraiment d’accord. L’album est intéressant dans son ensemble, tantôt dansant, tantôt introspectif. On reconnaît que la seconde partie est plus instrumentale et forcément plus aboutie. L’on notera le hit trop écouté Every Little Thing en duo avec un Teki Latex inspiré (on oubliera son affreux duo avec Lio), d’une beauté délicate et piquante. Puis bien entendu le dansant You, l’étonnant Vibrations followed By Poisoned Apples, ou encore le brûlant When The Night en duo avec JAW. Au final, Passion est d’une folie attachante et il est difficile de ne pas apprécier l’album à sa juste valeur.

9.

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Flume

Skin

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Année : 2016 | Label : Mom + Pop Music | Genre : Electro

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Difficile d’aborder la question des meilleurs albums électro sans parler de la pépite Flume. Conseillé par ma soeur, circonspecte, j’écoutais ces bouts de beatmaking bricolés avec des voix robotisées avec perplexité. Puis, après quelques écoutes successives, j’avais compris que j’y avais pris goût. Skin est délicat, fragile, d’une beauté rare. Non content d’avoir bouleversé les codes de l’électro en 2011 en proposant des sons terribles, inventifs, Flume nous propose Skin, l’un de ces albums qui transcende son propre genre musical, et qui ose s’aventurer dans la trap music, l’electronica ou même la house. On y notera des guests de qualité : Kai, Vic Mensa, Tove Lo, ou les merveilleux Little Dragon et Vince Staples. Ici, tout semble avoir sa place, au son près : la voix fragile et mélancolique de Kaï dans le très beau Never Be Like You, ou bien les tourments R’n’B de Vice Mensa sur Lose It, la ballade enfantine un brin inquiétante Pika, la belle conclusion Tiny Cities en duo avec le trop rare Beck. On reprochera l’album de vouloir trop en faire peut-être, mais Skin s’avère être la parfaite passerelle entre le mainstream et l’indie. Exercice casse-gueule et rarement fait avec souci, mais qui trouve une cohérence étonnante ici. Flume n’est pas un petit joueur, on le savait déjà grâce à son formidable remix de You & Me de Disclosure. Au milieu des buissons sur le chemin, la fleur s’est enfin épanouie.

Flume - Skin
Gesaffelstein Aleph

8.

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Gesaffelstein

Aleph

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Année : 2013 | Label : Bromance Records | Genre : Techno / Électro

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Que peut-on espérer lorsqu’on a 32 ans ? Une jolie copine ? De l’argent ? Une caisse et un appart ? Et espérer que sa « vigueur » reste toujours droite à 50 balais passés ? Peut-être. Mais Mike Lévy, alias Gesaffelstein, préfère exceller dans son domaine : une techno noire et viscérale, d’une violence source avec l’éclat d’un diamant brut. En l’espace de quatre ans, il fait la couverture de DJ Mag, réalise des musiques pour des marques de luxe, produit des chansons de l’album Yeezus de Kanye West, et travaille avec Jean-Michel Jarre, là où un autre illustre en prendrait pour dix ans. Injuste ? Peut-être. Mais Gesaffelstein n’a pas chômé, et il n’a cessé de se perfectionner. Dans la foulée de tous ces projets importants, l’artiste n’oublie pas de se consacrer à ses propres inspirations. Sort alors Aleph, album à la production irréprochable, loué par les critiques, adoubé par les fans. Tout comme Homework d’un certain duo casqué, Aleph est un uppercut en pleine face. Dur, sombre, angoissant, la techno pointue de Gesaffelstein secoue. Finies les chansons destinées aux clubs qui se ressemblent toutes, et place aux origines de la vraie techno : bruits de machine, cris étouffés, les racines dark de cette musique ressortent tout au long de l’opus. Le prince opte pour un virage introspectif de la musique électronique, avec inventivité et franchise. Loin des spotlights d’une French Touch abonnée au kilométrage disco et aux effets clinquants.

7.

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Cassius

Ibifornia

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Année : 2016 | Label : Interscope Records | Genre : Dance

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Bon j’avoue, cela m’a pris un peu de temps pour comprendre qu’Ibifornia était enfin le retour de Cassius en ces années 2010. Les jeunes loups peuvent toujours s’incliner devant leurs saints pères, ceux qui osèrent injecter un peu de black vibe dans une French Touch qui commençait sérieusement à voir sa blancheur virer au crème. Parce que Cassius, c’est quand même une vingtaine d’années dans l’électro bon sang (une éternité soit dit en passant), une sacrée énergie et un amour du son, le vrai. Fans de hip hop, ils n’hésitaient pas à mélanger la soul et le jazz dans des sonorités électroniques et house… La question vous brûle les lèvres : qu’apporte Cassius de neuf dans toute cette folie électronique ? Réponse : de la bouteille, de la chaleur et beaucoup de sincérité. Feu Zdar (dans nos coeurs à jamais) n’était pas producteur de MC Solaar pour rien (on lui doit Bouge de La). Son obsession du hip hop et des sonorités noires était telle qu’elle était le sel même de la musique de Cassius. Ibifornia est donc la rencontre entre le neuf et l’ancien, pléthore de guests (JAW, Pharrell Williams, Mike D, ou encore Cat Power) et sons dansants, brûlants et furieusement entraînants. Il suffit d’écouter le magnifique The Missing et son clip sexuel mais jamais vulgaire, ou bien le beau Action et ses gorilles pole danceurs. Un splendide album qui a nécessité tout de même 10 ans de réflexion… mais on peut dire que le résultat en valait sacrément la peine !

Cassius - Ibifornia
Para-One - Passion

6.

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Friendly Fires

Pala

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Année : 2011 | Label : XL Recordings | Genre : Dance

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Après un premier album, il m’arrive parfois d’attendre impatiemment le second jet avec un petit peu plus d’anxiété. L’exercice du second opus est toujours délicat dans le sens où certains spécialistes le voient comme l’album de « la confirmation ». Beaucoup (trop) de groupes s’y sont cassés les dents, certains ont réussi le tir haut la main. A ma grande surprise, Friendly Fires a remporté l’examen haut la main. Pire même, je dirais qu’il a surpassé mes attentes (et ça n’arrive pas souvent) : Pala est une injection de vitamines extatiques à la sauce dance, électro, funk. Fini la vague éphémère des fluokids (et oubliable), et bienvenue à la sincérité. Car de ce sentiment, Pala n’en manque pas. L’intriguant Live Those Days Tonight, ou encore le mélancolique Running Away, ou bien le sensuel et attractif Hurting, ou encore la perle Chimes, qui comme son nom l’indique, nous emmène sur les sommets. Avec un premier album réussi, le groupe a calmé ses ardeurs, a préféré mettre de l’ordre dans leurs sentiments mélangés, et ont livré avec générosité et chaleur leurs nouvelles inspirations pour Pala. Jackpot pour eux, car la critique et les fans s’y sont retrouvés et n’hésitent pas à dire que c’est certainement leur meilleur album. Du nom d’une île mystérieuse d’un roman d’Aldous Huxley, Pala est une invitation exotique et romantique dans une danse perpétuelle. Le tout sublimé par la voix caressante et douce d’Ed MacFarlane. Difficile de revenir intact après une telle aventure…

5.

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Aphex Twin

Syro

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Année : 2014 | Label : Warp | Genre : IDM / Electro / Techno

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Je vais être très claire : Syro est certainement l’album électro le plus frustrant, le plus monstrueux et le plus fascinant que j’ai écouté cette décennie. En allant à Hong Kong en mars, j’ai découvert Syro dans l’avion, et j’avoue avoir détesté la première écoute. Et la seconde aussi. Et puis finalement je me suis rendue à l’évidence : Syro n’est pas un album d’Aphex Twin, peut-être un aspirant, mais pas un disque de lui. Et puis je rature mon texte, je pleure de rage devant l’écran. Syro est-il mauvais ? Aphex Twin se fout-il de ma gueule ? Est-ce que j’arriverais jamais à aimer ce disque, à quelques jours de 2020 ? Aucun futur album d’Aphex Twin n’aura peut-être jamais la beauté parfaite de Windowlicker ou Druqks, mais l’artiste essaie toujours de nous étonner, de nous enchanter, bref de nous ensorceler. Après une pub retentissante sous forme de ballons et de cartes d’un vert criard distribuées dans Londres, Syro sort. Et autant être franc, il ne fait pas l’unanimité. Du tout même. Certains crient au génie, d’autres le descendent, avec force arguments et noms d’oiseaux. Que dire ? Oui Syro est imparfait, étrange, éclectique, essaie de synthétiser l’essence de l’électro 2010, y arrive, avec force efforts, et parfois pas du tout. Mais ce charme brinquebalant, cette tentative est si honnête qu’il est difficile de résister. Minipops 67 et sa descente, et Aisatsana [102] sont des chefs-d’oeuvre, et tant pis pour les puristes. Prenez l’album comme vous le sentez, moi j’ai déjà fait mon choix : malgré des imperfections, Syro est fabuleux : furieux, indomptable, et élégant.

Aphex Twin - Syro
M83 - Hurry Up, We're Dreaming

4.

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M83

Hurry Up, We’re Dreaming

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Année : 2011 | Label : Naïve / Mute | Genre : Ambient / Électro

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On parle souvent de Paris, ou Rennes pour l’électro, mais assez rarement de Nantes, d’où est originaire M83. Ce groupe, c’est quand même une décennie d’expérience dans l’électro après une flopée d’EP et d’albums minutieux (Saturdays=Youth). M83 c’est une électro classieuse, vaporeuse, intense, et chimérique. Et imaginez que l’on en extrait le meilleur, qu’on le met sur un CD très long et qu’on enrobe le tout d’une esthétique proche de la perfection. Vous obtenez Hurry Up, We’re Dreaming, une créature fabuleuse, énorme comme une cathédrale, rugissante sur le point de tout casser. Les cloches et les harpes vibrent d’une force peu commune avec le magistral Intro, tout s’achève avec l’arrivée du monstre Midnight City, le Music Sounds Better With You des années 2010, le rétro Reunion, l’intermission Where The Boats Go, le poignant Wai. On voyage dans l’espace avec Train To Pluton, This Bright Flash, Klaus I Love You, on chante avec des enfants avec Raconte Moi Une Histoire, Fountains, Year One Ufo Uno. On chevauche des créatures avec Claudia Lewis, et When Will You Come. On surfe sur la vague avec OK Pal, on franchit des montagnes avec My Tears Are Becoming A Sea. Si à quelques très rares moments, le disque semble dangereusement rôder du côté de Coldplay mauvaise période, M83 retrouve tout son génie pour retourner du bon côté. Le final éclatant, jaillissant de la mer Outro qui a servi à pas mal de bande-annonce, finit de nous achever, hagard sur une plage inconnue. On le sait peu de temps après avoir écouté ce disue, que notre vie ne sera plus jamais la même.

3.

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Purity Ring

Shrines

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Année : 2012 | Label : AD | Genre : Électro

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Vous allez rire, mais il se trouve que j’avais écouté un bon paquet de leurs chansons, et j’avais oublié quel était leur nom exact. Hum, aimer des chansons réalisées par des artistes dont on ignore le nom, ça sonne comme une blague nulle… et pourtant, Purity Ring faillit disparaître de mon radar, à tort. Leur album Shrines est tout sauf oubliable, une vraie découverte sensorielle et vive et excitée comme une pulsation de vie. Si je devais citer un album qui devait symboliser l’incroyable hybridation musicale des années 2010, c’est bien Shrines. Un peu house, un peu ambient, beaucoup d’électro pop et cette voix fragile et mélancolique, planante comme un rêve, l’opus n’a pas peur de mélanger les genres avec une incroyable fluidité, sans en faire trop. Une électro douce, qui cache des recoins moins reluisants, avec des paroles parfois très dures, ou bien obscures. L’on se sent dans une étrange atmosphère, entre joie, tension et colère. Un incroyable voyage au pays de l’harmonie : le céleste Fineshrine, la fragilité en mouvement Ungirthed, le troublant Amenamy, le duo en douceur de Grandloves, le voyage dans les ténèbres Cartographist, l’effrayant Belispeak, le très beau Saltkin, la beauté écorchée de Obedear, hypnotique et envahissant, la joie et la mort dans Lofticries, la forêt de songes Shuck et ce formidable écho de voix en son avec les beats électro. Pas étonnant que le groupe se soit inspiré des frères Grimm, tant la progression ressemble à un conte désenchanté de Noël, où la lumière et l’obscurité cohabitent, et ou l’espoir, peut, parfois, surgir au détour d’un clavier strident ou d’un morceau de voix dans un refrain. Un sublime voyage inconscient.

Purity Ring - Shrines
Para-One - Passion

2.

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Disclosure

Settle

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Année : 2013 | Label : PMR / Island | Genre House / Dance

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Il y a eu une petite mode à la fin des années 90, qui a régné en maître dans les clubs londoniens, c’était le 2-step. Un sous-genre du garage UK (lui même sous genre, quelle ironie) très rapide avec des voix R’n’B et qui avait eu le mérite d’être intéressant à défaut de faire d’excellents disques (deux, trois, à tout casser ?). Puis il avait disparu. Et on l’avait retrouvé en cette nouvelle décennie : chez Craig David (pourtant roi du 2-step) dans Following My Intuition, Jorja Smith avec On My Mind, même chez Damso avec Au Paradis ! Et donc? Deux frangins (adorables frimousses sur le disque), âgés d’à peine 19 ans, entreprirent de reprendre tout ce qui avait été fait de bon dans la house anglaise et ils y injectèrent une bonne dose de protéines. Cette décision allait tout faire exploser, version Hiroshima. Lorsque Settle sortit, ce fut la grande messe, le changement d’humeur chez les critiques les plus fameux, qui l’élirent disque électro de la décennie. Ils n’avaient pas tort. Tout respire la beauté, la sensualité et la danse furieuse des soirées enivrées de l’East londonien : l’imparable Latch avec Sam Smith, l’arrogant F For You, l’électrique White Noise en duo avec AlunaGeorge, l’étrangeté tranquille de Defeated No More, la soul crissante de Voices, l’aquatique Second Chance, le somptueux Boiling, le 2-step version millenial de You & Me avec Eliza Doolittle, le splendide January en duo avec James Woon, le contagieux Confess To Me et ses beats d’alien, la classe deluxe de What’s In Your Head ?. Les mots me manquent pour décrire Settle d’un seul mot. Ecoutez le, dansez et oubliez un peu votre vie de merde. Désolée pour la vulgarité.

1.

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Grimes

Visions

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Année : 2011 | Label : 4AD | Genre : Électro

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Vous savez, après toutes ces années à décrire des albums géniaux mais parfois impersonnels, on est un peu désabusés. Et pourtant, vous connaissez la chanson, on n’est jamais à l’abri d’une surprise. Mais dans ce cas précis, je ne parle pas de surprise. Je parle de choc, de trauma, d’implosion mentale, vous comprenez ? La première écoute fut hypnotique, la seconde contagieuse et la troisième fatale. Mon cerveau avait succombé comme jamais. J’avais devant mes oreilles un authentique chef-d’œuvre. Comme on n’en fait plus. Les années 2000 et leur paresse m’avaient un peu troublée, et je me sentais perdue. Et puis Grimes est arrivé dans ma vie, et elle n’a plus jamais été la même. Claire Boucher de son vraie nom, est une sorcière électro à la voix d’ange, surréaliste, à la fois enfantine et sombre. Elle partage son vague à l’âme avec la sagesse des anciens : la ballade Infinite Love Without Fulfillment, l’extraordinaire Genesis et ses touches japonisantes, le mystère Oblivion et ses beats dark, Eight et son délire transhumaniste, Circumambient et son patchwork de sons caverneux,  le magique Be A Body, les terrifiants et magiques Colour of Moonlight, Symphonia IX et Nightmusic. Grimes ne s’embarrasse de politesse et délivre tout sans mode d’emploi, avec des influences allant de Mariah Carey, le folk celte à la Midsommar, et la pop japonaise des années 90. Ombrageux, terrible, effrayant, dantesque, Visions est un monstre de modernité qui s’impose à nos oreilles fatiguées de tant de conformisme. Un véritable tableau de maître ou Grimes expose ses compositions d’une recherche esthétique profonde. Gare au choc.

Grimes - Visions

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