Année : 2012 | Network : Fox Extended Network (FX) | Genre : Horreur

Il n’est pas très évident de parler d’un type comme Ryan Murphy. Il fait partie de ces showrunners audacieux et sincères apparus à la fin des années 90, et qui allaient révolutionner le petit monde de la télévision américaine. Il faut dire que Murphy n’est pas vraiment un débutant : il compte à son actif une dizaine de projets de genres différents (comédie, drame, burlesque, horreur, politique) originaux, éloquents et choquants qui n’auront pas rendu insensibles ses téléspectateurs. Ryan Murphy est un cas à part dans cette constellation de créateurs de contenus audiovisuels. Murphy ne parle pas, il déclame. Murphy ne crie pas, il s’époumone. Il ne connaît pas la demi-mesure. Dans toute sa carrière, ses sujets de prédilection sont la célébrité, le culte esthétique, la nature humaine avec une bonne dose d’effroi, de gore et d’un goût prononcé pour le clinquant… et l’absence de censure. Baroque, foutraque, obstiné, et assumant totalement son homosexualité, Murphy incarne une étrangeté et une différence déjà de mise dans le milieu aseptisé de la télévision américaine. Popular, sorti au début des années 2000, n’était que le brouillon de ses domaines de prédilection : les populaires et les non-populaires se font la guerre pour savoir qui aurait les cheveux les plus blonds et le look le plus stylé. Sous les spotlights, la vie est dure : parents divorcés, névrosés, colériques. La série sera annulée car Ryan Murphy souhaitait montrer ouvertement un personnage gay, ce qui a été refusé tout net par les producteurs.

Mais bientôt, aux alentours de 2005, une explosion. Aux côtés de Mad Men, Dexter ou Walking DeadNip Tuck, sa série phare, est un conte amoral sur les travers de la chirurgie esthétique avec au passage une puissante charge contre l’Amérique superficielle. Pour la première fois à la télévision américaine, l’on pouvait voir des opérations de chirurgie esthétique dans toute sa crudité et son élégance parmi les bouts de gras, de sang et de silicones. Sexe, argent, fame, coups bas, tout est bon pour être le plus beau et le plus admiré. Et repoussant tout ce qui peut être montré à la télévision avec des sujets tordus et inconnus à l’époque : nécrophilie, sadomasochisme, inceste, viol, triolisme, échangisme, vampirisme, fétichismes sexuels divers, morts violentes et graphiques (étouffement à la ouate, découpe de seins à la scie sauteuse!). Dans ce dédale infernal, des lumières apparaissaient entre deux liposuccions : la question de la paternité, l’amour filial, la tolérance ou la religion sont abordés sans fard. Encore une fois et malgré deux dernière saisons moins spectaculaires, Ryan Murphy a fait mouche. Nip/Tuck devient un monument télévisuel encore intact et vivace. Un nouveau génie de la télévision est né. 

Il multiple les projets ambitieux : Glee, rom-com teen enlevée aux doux airs de comédie musicale, aigre-douce, The Normal Heart, déchirant téléfilm sur les débuts du SIDA, The Politician sur les jeux piquants du pouvoir à la sauce 60s, et American Crime Story sur le procès OJ Simpson et la mort de Gianni Versace. Tous se reconnaissent par les couleurs saturées et un jeu d’acteurs parfait, et un style à la fois exagéré et précieux. A ce tableau de chasse s’ajoute American Horror Story, une anthologie folle d’histoires horrifiques composées de neuf saisons où se croisent fantômes, drag queens, sorcières, tueuses en série, prophètes et mythologies diverses non sans parler politique, racisme, homophobie avec panache. Chaque thème de saison (le cirque, l’asile, l’hôtel ou encore le « clan de sorcières ») évoque encore plus largement les ambitions de Murphy.

Attention, accrochez-vous, le voyage risque d’être très intense… Chaque saison sera analysée dans les moindres détails. Donc…

…SPOILERS sur l’ensemble de la série sur cet article.

American Horror Story : anthologie baroque de la terreur

La maison qui rend fou

American Horror Story I : Murder House

Après une coucherie avec une étudiante et une fausse couche, un mari psychologue et une épouse délaissée décident de renouer les liens en changeant de maison. Problème : la seule qui rentre dans leur budget à Los Angeles est un ancien manoir qui fut le théâtre de meurtres pour le moins sordides. Malgré cette mise en garde, le couple s’y installe. Le vernis de l’étrange recouvre petit à petit leur univers : une voisine un peu trop curieuse et sa fille trisomique, un garçon inquiétant, une bonne qui cache trop bien son jeu, d’étranges combustions instantanées et des visions érotico-gores. Le passé, le présent et le futur s’y mêleront bientôt, le tout assaisonné de coup de théâtre et de fins de vie baroques. L’arrivée d’une grossesse va faire monter l’intrigue crescendo pour ne plus connaître de limites.

Voilà comment Ryan Murphy revisite efficacement un ressort horrifique usé jusqu’à la corde : une maison hantée et ses propriétaires fous (ou du moins le cachent-ils). Ici, point de draps volés dans les airs avec des chaînes en caoutchouc secouées entre deux rictus. On penchera plutôt sur la balance mort / vie, le désir sexuel, les pulsions refoulées, les liens du sang et le sang en lui-même. La famille déchirée n’est qu’un prétexte pour tout un tas de déviances servie par un sublime casting : merveilleuse et effrayante Jessica Lange, la sensible Connie Britton, vue dans Friday Night Lights, la fragile Taïssa Farmiga ou bien la révélation Evan Peters, à la fois suicidaire et cruel, tourmenté et lucide, sexy et repoussant. Ajoutez à cela une photographie élégante et raffinée, toute en retenue quand il le faut et qui éclate de sensualité le moment venu. Mais on connaît trop Ryan Murphy pour délaisser ses envies de morbide. Ici, le désir se fait pressant au coin d’une porte, la mort est cruelle mais sublimée, la cruauté en est presque belle. On se surprend à frissonner et même à jouer le jeu face à des ressorts un peu faciles : l’étrange voisine et ses enfants « maudits », dont un difforme (forcément), la bonne au double visage de vertu et de vice qui s’assagit face à la raison, les fantômes qui volent les vivants de leur âme pour mieux les enfermer sous leur emprise. Dans Murder House les fantômes, comme vestiges de crimes et de vies d’autrefois, discutent un bout de gras avec les vivants tout en se jalousant. Le meurtre et la barbarie ne sont jamais loin. Avortements de masse, expérimentations douteuses, tueries dans une école, accouchement transformée en messe noire, l’anodin devient cruel, l’étrange est fascinant et la violence une pulsion de vie.

Murphy s’amuse même à y mêler des éléments existants ou plus ou moins inspirés de la réalité: la tuerie de masse dans les lycées, rappelant l’affaire Colombine voire l’affaire Charleston (plus récemment), l’affaire irrésolue du Dahlia Noir (splendide hommage vintage avec Mena Suvari en Betty Page). Mieux encore, comme souvent chez Murphy, la Grande Histoire côtoie toujours la Petite. On y retrouve ses thèmes chers : l’homosexualité, son amour des freaks, les trahisons familiales, les tendances suicidaires, l’impossibilité du deuil ou le simple fait que l’horreur, tout comme l’erreur, est humaine. Elle finit par déborder en chacun de nous à un moment de notre existence. On interprétera cette Murder House comme la juste métaphore de l’enfermement psychologique des membres de la famille. Y sont coincés le père et ses fantasmes inassouvis de sexe, la mère éplorée perdue dans son chagrin, la jeune fille perdue assoiffée de reconnaissance. L’infime et l’universel se mélangent dans un cocktail d’épouvante étonnant et innovant. Pari réussi pour cet aperçu d’AHS !

American Horror Story : anthologie baroque de la terreur

L’asile de l’horreur

American Horror Story II : Asylum

Lana Winters, une journaliste intrépide, atterrit dans l’obscur asile psychiatrique de Briarcliff dans les années 60. Soeur Jude, tenancière de l’endroit, est connu pour son caractère sadique et brutal, et voit dans ces malades mentaux une occasion d’expier les fautes d’un passé douloureux. Elle est accompagnée d’une ingénue, soeur Mary-Eunice McKee, d’un docteur sans scrupules et aux expérimentations illégales, et d’un prêtre à la morale douteuse. Dans ce monde grisâtre, subsiste une âme à sauver : Kit Walker, un jeune homme inculpé pour la disparition de sa femme, alors qu’un nouveau psychiatre aux méthodes révolutionnaires prévoit de revoir en profondeur la révision des cas mentaux qui s’offre à lui. Par un concours de circonstance, Lana Winters est internée de force et doit cohabiter avec cette étrange faune. Mais hélas, une force démoniaque va s’emparer de Briarcliff et causer bien du tort à ceux qui veulent échapper à ses murs épais sans issue.

Après la maison hantée venait un autre classique : l’asile d’aliénés. Non content de pousser encore plus le bouchon, Murphy ressort les dossiers historiques du traitement épouvantable réservé aux malades à une époque où la psychologie était encore expérimentale. L’intolérance religieuse y est encore plus forte que dans la première saison. Ici le prêtre n’est qu’une grenouille de bénitier plus préoccupé par le salut de son âme que par les malades de l’asile, alors que le docteur, au nom de la science et de Dieu, se permet d’expérimenter toutes sortes d’ignominies sans état d’âme. Un exorcisme sur une nonne innocente tourne au vinaigre et invoque le Diable. Bien sûr, on y parle sexe avec une Chloé Sévigny (excellente) dévergondée et nymphomane bientôt transformée en monstre, de copulation avec des esprits, de plans à trois, de lesbianisme sans cliché. L’autre force de la saison : le thème principal du rejet. Rejet sociétal, religieux, amoureux, toutes les formes de répulsion y sont abordées. Lana Winters est une lesbienne et une femme libérée, elle est forcément enfermée dans le carcan puritain de l’Amérique des années 60, forcer de « s’hétéroiser » pour rentrer dans le moule. Soeur Jude rejette ses malades qui la renvoient à son propre gouffre intérieur, Kit Walker est abandonné par sa famille et la justice. Sans compter cette pensionnaire qui se prend pour Anne Frank, ou bien Grace (Lizzie Brocheré, française, stupéfiante !), qui est accusée d’avoir tué toute sa famille, mais qui a certainement plus de lucidité que toutes les personnes saines de l’asile. 

Dans Asylum, personne ne semble être ce qu’il est. Le Diable réincarné en nonne s’avère d’une logique cruelle, le prêtre un mec paumé, un garçon de ferme gentil transformé en démon ressuscité, soeur Jude apparaissant comme un monstre mais finalement tout aussi perdue que tous les personnages de la série. Même l’héroïne, à la fin de l’histoire, nous apparaît orgueilleuse lorsqu’elle raconte enfin face caméra les calvaires qu’elle a subi. Le psychiatre sympathique de premier abord s’avère être un tueur en série de la pire espèce et le principal antagoniste de l’histoire. Tout y est montré dans une photographie froide et morne, sans éclat, ou le blanc pur et le noir profond ressortent. S’ensuivent des séquences baroques d’anges noirs aux ailes géantes, de clip vidéo années 60 sous acide, où se mêle film d’horreur à la Roger Corman, thriller social, voire film de science-fiction. Asylum souffre peut-être d’un excès de zèle, et pèse parfois plus lourd que les autres saisons à cause d’effets graphiques trop poussés, mais représente certainement le meilleur de AHS.

American Horror Story : anthologie baroque de la terreur

Le gang des sorcières

American Horror Story III : Coven

Zoe (merveilleuse Taïssa Farmiga), adolescente banale, tue accidentellement son petit ami en lui faisant l’amour. Elle découvre épouvantée qu’elle est une sorcière et que ses ancêtres ont quelque peu cramé dans la ville de Salem… Son corps provoque une hémorragie instantanée lorsqu’il est pénétré. Son don, qui effraie sa famille, la dirige naturellement vers une école secrète située à la Nouvelle-Orléans, dirigée par la mystérieuse Cordelia Foxx. Là bas, elle y croise une star Disney Channel télékinésiste, une poupée vaudou vivante, et une handicapée mentale qui peut lire les pensées des autres. Tout se complique lorsque Misty Day, une sorcière hippie, se fait brûler vive sur un bûcher, provoquant le retour de Fiona Goode, la mère de Cordelia, la sorcière la plus puissante et la plus redoutable de sa génération. Si ses attentions sont louables – elle souhaite protéger les élèves – en réalité tout n’est que prétexte à un seul but : retrouver sa jeunesse perdue, quitte à tuer tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. C’était sans compter l’arrivée d’un tueur de sorcières, des chasseurs de sorcières armés jusqu’aux dents, un dieu Vaudou venu chercher le sang et d’anciennes connaissances dont Fiona aurait bien aimé se passer. Le temps presse, et les sorcières doivent bientôt trouver leur chef, la Suprême, avant qu’elles ne soient toutes trucidées…

Après la maison et l’asile, place aux sorcières. Et c’est un véritable festival de beauté, de cruauté et de sensualité féminine à peine contenue par les fils de la vengeance. Murphy est à son maximum lorsqu’il s’agit de capter les différents visages de femmes qui s’offrent à lui : la fausse ingénue Zoe, la bitchy Madison incarnée par la formidable Emma Roberts (nièce de Julia Roberts !), Queenie la poupée vaudou qui absorbe les douleurs d’autrui (superbe Gabourey Sidibe). Impossible bien sûr d’oublier les prestations des « reines » de la série : Sarah Paulson toujours au top en fille de sorcière rejetée dévorée par le mal d’enfant et le pouvoir, la toujours renversante Jessica Lange, à la beauté et à la violence toujours intacte, qui nous livre ici sa meilleure prestation dans la série. N’oublions pas la vénéneuse Angela Bassett, actrice trop rare instinctive et sauvage, incarnant la célèbre Marie Laveau, prêtresse vaudou qui a réellement existé, et l’effrayante Kathy Bates, rescapée de Misery, en Delphine LaLaurie ayant aussi existé qui était connue pour ses crèmes de beauté… à base de sang issu de cadavres… Une série foncièrement féminine voire presque féministe, tant le mâle dans la saison y est malmené : mari dominé et indolent chasseur de sorcières, amant du passé tueur de magiciennes, étudiants violeurs et alcooliques, machos en mal de femme à conquérir, quand ce n’est pas Papa Legba, dieu maléfique du vaudou, qui vient chercher sa récompense. Un female gaze d’une puissance extrême dans un contexte agressif.

La violence y tient une place prépondérante, tant physique que mentale. On y parle sans heurts de viol en réunion et de punition vengeresse, de petit-ami zombie victime d’inceste, de décapitations violentes suivies de résurrections express, d’énucléation horrible, d’encornée par un minotaure (???), morts-vivants assoiffés de sang, bûcher de cadavres, torture de domestiques. Un peu exagéré, n’est-ce pas? C’est le crédo de Coven. Citons l’impeccable décor de la Nouvelle-Orléans : à la fois mystérieuse le jour et dangereuse la nuit, elle cache sous ses portes la magie vaudou et son panthéon de dieux vengeurs. On y retrouve des thèmes comme le racisme, le sexisme, l’intolérance, la trahison, et la question du groupe, de la famille : Coven veut dire « couvent », un endroit calme et serein par extension, mais aussi un lieu clos et enfermé. Ryan Murphy joue à tous les tableaux, trifouille la grande histoire avec maestria et arrive dans ce déluge à nous faire rire. Sans conteste la meilleure saison, un véritable festival d’horreur et d’humour aux accents cajun.

American Horror Story : anthologie baroque de la terreur

Le cirque monstrueux

American Horror Story IV : Freak Show

Nous sommes en 1952, dans la petite ville de Jupiter en Floride. Sous le soleil du Sunshine State, une femme à deux têtes, Bettie et « Dott » Tattler, est blessée et envoyée à l’hôpital après la mort de leur mère. Au même moment, un tueur déguisé en clown devient le larbin de l’étrange famille Mott, au rejeton psychotique, Dandy Mott. Un cirque peuplé de freaks s’installe à Jupiter, dirigé par Elsa Mars, une chanteuse berlinoise fascinée par les difformités physiques. Dans ce cirque, on retrouve Jimmy l’homme-crabe ayant une malformation des doigts, sa mère, Ethel, une femme à barbe, une femme de 2 mètres avec trois seins, une autre dont le corps s’arrête au bas ventre, Ma Petite, la plus petite femme du monde, un couple microcéphale Pepper et Salty, Wendell l’homme le plus fort du monde et sa femme Desiree à trois seins. Mais leur succès s’essouffle Elsa Mars s’intéresse à Bettie et Dott. C’est alors que fait son entrée Mr. Spencer, obscur homme d’affaires et Maggie Esmeralda, une diseuse de bonne aventure qui se sent attirée par Jimmy. Bien entendu, une entité sombre surnommée Mordrake menace les habitants de poussées psychotiques. 

On reprend les mêmes et on recommence. Jessica Lange, idole et muse de Murphy attitrée, joue une chanteuse berlinoise dont il manque des jambes rescapée d’un snuff-movie où on lui a coupé les membres. Emma Roberts joue une voyante sympathique de premier abord, Evan Peters reconverti en voyou attachant aux mains en pince de homard, et l’on voit l’arrivée de nouveaux talentueux : Finn Wittrock en fils à maman dérangé et monstrueux, Michael Chiklis (le Vic Mackey de The Shield) en brute épaisse un peu flippante, Patti Labelle en bonne à tout faire et Neil Patrick Harris en meneur de revue un peu trop portée sur la chose… Si l’on retrouve la fascination toujours aussi vive et sincère de Murphy pour les monstres, il les filme avec une étonnante bienveillance et ne cherche pas à les sanctifier, quitte à montrer leurs côtés les plus sombres. A une époque où ces cirques étaient appréciés et détestés, l’on considérait ces gens comme de vulgaires objets de divertissement sans âme. Or, dans Freak Show, se veut le digne héritier moderne de Freaks, la Monstrueuse Parade. On prend en compte les sentiments, les peines et les douleurs de chacun de vivre dans un monde qui ne leur fait aucune place. Murphy joue habilement sur les contraires de ses « héros » : au fond, qui est le monstre dans cette histoire ? Ceux que l’on soupçonne monstrueux le sont-il réellement ? Voir Dandy, parfait petit Américain, trucider tout ce qui croise son chemin, ou encore Jimmy utiliser ses doigts de homard pour déflorer des vierges, ou bien Mr Spencer qui pense tenir l’affaire de sa vie en envoyant tout ces monstre direction le musée des Horreurs… On pense aussi à l’histoire touchante et poignante de Penny, jeune fille de bonne famille traitée comme un animal par son père. Elle se retrouve défigurée par un énorme tatouage sur le visage et rasée, condamnée à être accueillie dans le cirque au milieu de gens rejetés comme elle. 

 « Freak Show », le titre était tout trouvé. Pourtant, la saison marque des signes d’essoufflement, et si la surenchère était convaincante dans Coven, elle est plus agaçante dans Freak Show. Tupperware party qui vire au bain de sang littéral dans une piscine, sourire de clown dépecé porté par un fou, pauvre minuscule femme enfermé dans un bol de formol exposé au musée, cadavre outragé où l’on coud deux têtes de femme. Trop, me diriez-vous ? Peut-être. A force de partir dans tous les sens, Freak Show pâtit d’un manque de direction sérieuse. La saison se targue même de son premier crossover pas indispensable avec le personnage de Pepper. Mais si l’on devait retenir la seule chose poignante de cette histoire, c’est le thème principal de la peur de l’inconnu, et des illusions perdues. Elsa Mars, en quête désespérée de reconnaissance, doit perdre sa famille de substitution pour accéder au confort matériel dont elle a toujours rêvé mais qui ne la comble pas. Le final, logique et touchant malgré l’horreur, s’avère efficace. Malgré son caractère très brouillon, Freak Show se rattrape avec une fin étrangement positive.

American Horror Story : anthologie baroque de la terreur

L’hôtel de l’angoisse

American Horror Story V : Hotel

Los Angeles, il existe de trop rares hôtels à la façade Art Déco, et l’hôtel Cortez en fait partie. Imposant, impérieux mais sinistre, il est dirigé de main de maître par l’inquiétante Comtesse, une créature aux cheveux pâles qui ne se nourrit que de sang provenant de touristes trop curieux. Des événements inquiétants et dérangeants interviennent fréquemment dans les lieux, se mélangeant à la faune du lieu : Sally, la toxicomane cynique, Liz Taylor, le barman déguisé en femme, Hazel Evers, la femme de ménage, Iris la gérante de l’hôtel, le fantôme de James Patrick March, fondateur de l’hôtel ou encore une ancienne actrice de la blaxploitation, Ramona Royale, et qui semble avoir eu un lien très fort avec la Comtesse. Tout se complique lorsqu’un détective chevronné compte bien résoudre le mystère des meurtres macabres de l’hôtel alors qu’un célèbre couturier vient d’y élire domicile pour trouver l’inspiration. D’autres mystères suivront…

Certainement la saison la plus cérébrale et la plus insolite de l’anthologie. Peut-être pas forcément la plus effrayant et la plus gore qui soit, mais un curieux objet de vénération. Si la saison souffre un peu de l’absence de Jessica Lange, muse des muses, Ryan Murphy (sacré chanceux) a encore tiré une bonne carte. Ici, le centre névralgique de Hotel est sans conteste la chanteuse Lady Gaga, qui dévoile un nuancier d’émotions et de sensations complexes dans son jeu d’actrice. Que l’on aime ou pas sa house-pop 90 un peu filtrée, force est de constater qu’elle crève l’écran par son physique atypique : teint et cheveux blond presque blanc, vêtements haute couture dans une allure de créature céleste. Tour à tour froide, hautaine, élégante, enragée ou bien sans émotions, elle domine largement le cast qui n’a pas été laissé au hasard. On retrouve Sarah Paulson en toxicomane dépressive mais attachante (sans doute son meilleur rôle), Denis O’Hare en Liz Taylor (et avec dignité en plus), et Matt Bomer en touchant mannequin qui ne cherche que l’affection mais qui ne trouvera que l’horreur et la débauche, ou encore Wes Bentley en flic un peu paumé à la vie familiale tragique. L’on apercevra Lily Rabe en Aileen Wuornos copinant avec Ramirez et Wayne Gacy durant la Nuit du Diable, où serial killers et humains (ou non-humains) discutent gentiment autour d’un Tequila Sunrise… Que dire de la photographie du lieu : un somptueux paysage Art Deco aux moulages et aux formes complexes, géométriques, parfois agressives, souvent inquiétantes, qui collent parfaitement à l’esprit clinique de la série. Mention spéciale à la « réserve à sang frais », des enfants vampires dormant dans des cercueils d’un blanc immaculé au milieu de murs aux incrustations de Space Invaders ou Pacman….

Hotel n’est pas aussi flamboyante que Coven ou Asylum. Tout est ici question d’ordre et de mesure, voire de démesure. Le thème principal est le temps qui passe. Ce temps qui apparaît comme un fardeau, vieillit les jeunes, détourne les uns des bonheurs de la vie ou bien plonge les anciens dans des abîmes de désespoir. Les fantômes de l’hôtel ont vécu des vies horribles et errent sans but dans des couloirs vides. On y parle d’immortalité par le biais du vampirisme, ressort éculé mais qui se révèle ici efficace. On y mêle les légendaires acteurs Rudolph Valentino et son épouse Natacha (qui ont existé, voyez le Cheikh sur Wikipédia, chef d’oeuvre muet!) voulant vivre éternellement dans leurs corps de beaux jeunes gens mais condamnés à se nourrir de sang pour subsister. On y parle de piège amoureux, familial, voire émotionnel, de chantage. La famille est ici menacée d’extinction et voit son avenir être sauvé par des enfants qui servent de réserve de sang. La barbarie n’agit plus en actes, mais en sentiments, en sensations, et l’on joue constamment sur nos nerfs. Le final, logique mais mélancolique, ne fait qu’enfoncer le clou. Peut-être pas la meilleure saison, mais un étrange et cruel moment de suspension dans le Temps, qui laisse songeur.

American Horror Story : anthologie baroque de la terreur

Le cauchemar perpétuel

American Horror Story VI : Roanoke

Shelby et Matt Millers, un couple d’Américains lambda, confient leur histoire de maison hantée à l’émission du moment de la télévision américaine, My Roanoke Nightmare. Ils expliquent face caméra (avec acteurs jouant leur rôle) qu’ils se sont installés après une agression à Los Angeles, non loin d’un patelin où s’est déroulé le drame de Roanoke, une colonie puritaine qui a tourné au vinaigre. Si la maison semble accueillante, Shelby est très angoissée et appelle Lee, la soeur de son mari, à l’aide. C’est alors que des événements étranges font leur apparition : bruits de meurtres, dents jetées en l’air, communautés terrées dans les bois ou encore silhouettes inquiétantes. De mystérieurs et sordides personnage apparaissent comme le leader de la communauté, appelé La Bouchère ou encore Edward Philippe Mott, fondateur de la maison où le couple vit. Le cauchemar ne fait que commencer.

Conscient que le show commençait à fatiguer un peu, Murphy tente cette fois-ci le coup du found footage. Il se permet même de dessiner la même histoire deux fois : celle racontée par les gens « de la réalité » et celle jouée par des acteurs incarnant les personnages du réel. Vous suivez ? On se retrouve alors avec une série dans une série… Si Roanoke tente quelque chose, son côté foutraque en fait son charme et sa faiblesse. Pourtant, pour une raison que j’ignore, Roanoke est certainement ma saison d’AHS préférée, et de loin. Au début très longue et étirée comme pas possible, la saison connaît une brusque montée d’adrénaline vers le milieu, puis accélère de façon agressive. Jusqu’à nous proposer un final en apothéose où acteurs, gens du « réel » et fantômes ressuscités se tirent dans les pattes dans un déferlement de violence rarement atteint dans la série. On y retrouve les vieilles obsessions de Murphy pour les fins de vie surréalistes : décapitation, homme-cochon, famille consanguine coupant des dents, gens enterrés vivants, adolescents cramés sur un bûcher, vidange d’un chargeur de balles sur une demi-douzaine d’acteurs. Les exemples ne manquent pas. Les acteurs sont toujours parfaits et inquiétants, voire carrément repoussants malgré leur apparente normalité. On critique sans vergogne les émissions clickbait du style Chasseurs de Fantôme ou autre pot-pourri à la Hanouna où la logique n’existe que dans la tête des producteurs avides de pognon. Le personnage de Lana Winters y fait son apparition pour nous livrer une copie des pires heures d’Oprah Winfrey bas de gamme. La téléralité n’est qu’une soupe insipide, fait de coups de théâtre calculés, les acteurs sont des pâles copies des personnes du « réel » et tout ce petit monde va vite s’écharper dans un déluge de sang et d’adrénaline. On est revenus au bon vieux AHS sanguinaire et barbare…

Une saison très étrange, parfois étirée en longueur comme un mauvais rêve qui connaît une brusque montée de violence vers l’épisode 5 en réalisant vers la fin un véritable feu d’artifice. Il est ici question des apparences, du poids du passé et des remords. La touchante histoire de Flora, fille de Lee, risque d’en faire pleurer plus d’un – à moins d’avoir un coeur de pierre. On retient une conclusion époustouflante, sauvage et forte, sous une lune rouge sang. Si les éclats de lucidité en mode Projet Blair Witch pourront en faire rire certains, on se prend à rentrer dans le jeu, et même à frissonner aux moments où il faut frissonner. Les forces du Mal sont ici impitoyables et l’on devine d’entrée que la chute n’en sera que plus cruelle. Roanoke ne révolutionne certes pas le genre, mais lui donne une fougue et une jeunesse qu’on se surprend à apprécier.

American Horror Story : anthologie baroque de la terreur

La secte démoniaque

American Horror Story VII : Cult

Enfer et damnation ! Donald Trump a été élu président des Etats-Unis. Non content de jouer l’acteur occasionnel dans Sex & The City et Maman j’ai Raté l’Avion, ou de posséder sa propre tour à New York, voilà qu’il préside sur le Bureau Ovale ! Mais je m’égare. Si bon nombre d’Américains ronge leurs freins en silence, le cas d’Ally est plus préoccupant. Malgré l’amour de sa femme Ivy et de son fils adoptif Oz, Ally ne parvient plus à réfréner ses peurs : coulrophobie (celle des clowns), trypophobie (celle des trous) et hématophobie (celle du sang). Parallèlement, Kai Anderson, un jeune homme dérangé aux cheveux bleus, jubile de cette victoire et décide de créer sa propre secte. Son lancement dans la politique (le siège du conseil municipal) arrive au même instant ou Ally est témoin de meurtres commis par des clowns tueurs. Mais personne dans son entourage, ne la croit. Elle va alors mener l’enquête malgré ses peurs et la vérité qu’elle découvre ne va pas lui plaire…

En mélangeant l’actualité à ses fantasmes horrifiques, Cult s’avère être la saison la plus politique et la plus cérébrale d’AHS. Ici, les effets de peur sont dissipés dans des événements liés aux sectes qui ont pullulé dans l’histoire américaine. Sans surprise elles ont toutes échoué dans la mort et la violence : l’affaire Waco, où plus de 85 personnes se sont suicidés collectivement, Marshall Applewhite fondateur de ‘Heaven’s Gate » qui se tua avec 38 de ses disciples en Californie, ou l’épouvantable issue des membres du Temple du Peuple géré par le pasteur Jim Jones, où près de 900 membres (dont 300 enfants…) périrent après avalé du jus mélangé à du cyanure !! Comme terreau fertile, il n’y avait qu’à se baisser pour ramasser. Qui de mieux qu’Evan Peters, génie parmi les génies, pour incarner le torturé Kai ? Il incarnera successivement Andy Warhol, Jim Jones, Applewhite, Koresh (leader de la secte de Waco) voire même Charles Manson dans des séquences d’une grande intensité. La géniale Sarah Paulson en femme blessée, puis en guerrière nouvelle génération, impressionne autant qu’elle effraie. Il faut également citer l’épatante Billie Lourd, fille de Carrie Fischer la célèbre princesse Leia, qui nous montre que le talent peut se transmettre à la descendance. A la fois inquiétante, fragile et perdue face à ce frère psychopathe, elle détonne dans cet univers glauque. Ici, c’est la xénophobie pure et dure qui est le sujet de la série. Tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule WASP voulu par Trump devront disparaître. Vous êtes une femme, vous êtes gay, vous êtes étranger, vous n’êtes pas protestant ? Et bien allez donc vous faire voir ! Révolté et dégoûté (on le comprend), Murphy préfère le biais de la secte pour dénoncer une politique affreuse. Gay et féministe, Ryan Murphy s’empare de l’affaire Valerie Solanas connue pour avoir blessé gravement Andy Warhol. Jouée par la fabuleuse Lena Dunham, cette militante féministe et lesbienne eut une existence humiliante faite de prostitution, de violences et de rejet, publia un manifeste qui gardera un écho encore de nos jours. Sans doute que son cas illustre toutes les épreuves que l’on peut vivre dans sa vie pour lutter contre ceux qui vous jettent sans fondement. 

Cult ne s’embarrasse pas de manières, c’est vrai. La paranoïa, centre névralgique de l’histoire, se glisse dans la tête des protagonistes encore plus rapidement que les élucubrations de Trump à ses sujets. Elle change les agneaux en loups et les poussent dans leurs derniers retranchements, avec son cocktail de meurtres sordides, de trahisons, d’empoisonnements, d’emprise sexuelle, de folie ordinaire. Kai, le Diable en personne, s’imagine pouvoir les dompter avec ces éléments, mais cela s’avère illusoire. La femme l’emporte. Le plan de fin, ambigu, s’annoncerait salvateur, mais c’est un leurre. La femme sera-t-elle l’avenir de l’homme ? Ou bien se montrera-t-elle pire que celui-ci ? Murphy n’y répond pas, et nous laisse dans une incertitude totale. Ce qui est certainement plus angoissant et insupportable que le déroulement de l’histoire. Une critique profonde et féroce des peurs sombres et cachées de l’Amérique.

American Horror Story : anthologie baroque de la terreur

La fin et le renouveau

American Horror Story VIII : Apocalypse

Un ensemble de catastrophes nucléaires, missiles et compagnie, a complètement ravagé la planète de ses habitants. Le globe terrestre ressemble plus à un paysage de Fallout avec ses effluves empoisonnées et ses humains radiés au mieux comdamnés à mourir, au pire à virer cannibales. Une étrange organisation, la Coopérative, a réalisé une sélection d’ADN supérieurs pour caster les humains les plus aptes à la survie, et aussi les plus riches qui peuvent s’offrir le ticket d’entrée à plusieurs milliers de dollars. Ils créent ainsi un bunker central, ainsi que d’autres avant-gardes censés protéger d’autres humains. Dans le bunker de l’intrigue, on retrouve Coco Vanderbilt, insupportable milliardaire fille à papa, son assistante esclave Mallory, son meilleur ami gay coiffeur Mr Gallant, sa grand-mère Evie, un couple lambda Timothy et Emily. Ce petit monde est régi par deux bourreaux féminins : Wilhemina Venable et ses réparties aigres, et l’étrange Mead, taiseuse et froide. Alors que les rations s’amenuisent et que les avant-gardes tombent comme des mouches, un mystérieux jeune homme, Michael Langdon, brave les éléments pour constituer une dernière équipe d’humains pour les conduire à un dernier sanctuaire…

Après nous avoir fait voyagé dans tous les symboles de l’horreur du passé et du présent, Ryan Murphy nous livre sa vision personnelle de l’Apocalypse. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est certainement la saison la plus dense et la plus chargée jamais réalisée. En cause? Les multiples crossovers des autres saisons à Apocalypse, logiquement connectées à l’intrigue de cette dernière. Ce qui en fait un vibrant maelström où j’avoue, on s’y perd un peu. On retrouve Leslie Grossman, autre muse de Murphy aperçue dans Popular, Nip-Tuck et autres saisons, Billie Lourd à notre plus grand bonheur, grande sorcière transformée en larbin grisâtre, Joan Collins en mamie un peu folle, Kathy Bates en vraie-fausse femme tortionnaire, et de nouvelles têtes bienvenues comme Adina Porter, la sensible Emily associé à son amour Timothy (Kyle Allen, impeccable), formant un couple d’amoureux dans un océan de perdition. Le plus de la saison est le charme magnétique du terrifiant Cody Fenn, jouant Michael Langdon, le rejeton du Diable, avec brio. Sans scrupules, d’une cruauté presque mathématique, amoral et sans émotions, il charme ses troupes tout en terrorisant ses ennemis, avec au fond une âme d’enfant mal aimé. Je ne peux vous en dire plus. On y croise sorcières de Coven, famille de la Murder House, quelques touches d’Asylum et peu de l’hôtel Cortez d’Hotel. Tous tentent de sauver ce qui peut l’être avant que ce ne soit trop tard. Cette fois-ci, on s’intéresse clairement aux rapports de force et à l’établissement d’une hiérarchie presque moyenâgeuse : les pauvres en larbins gris, les riches au sommet de la tour entre fêtes folles, brushings impeccables et mets de choix, quand le garde-manger le permet. Le surnaturel y est quasi-obligatoire, jonglant sans cesse avec les sorcières, les esprits, les fantômes, le vaudou, les junkies avec en prime, des humains radiés plus proches de Toxic Avenger que de Walking Dead ! Si ce côté foutraque peut en épuiser certains, il se révèle étrangement jouissif. On se surprend même à côtoyer des satanistes et Anton LaVey (fondateur du mouvement), deux geeks travaillant pour les Illuminati et.. un robot. 

Je n’ai plus les mots. Murphy a épuisé ses dernières ressources dans un dernier jet de créativité, un peu lourd par moments, mais qui saura être un régal pour les fans. Avec une certaine candeur, il revisite à sa sauce un univers post-apocalyptique où l’ancien et le nouveau se confondent dans une fin tragique où l’humanité s’est tuée toute seule. La fin d’un monde pourrait même en engendrer un deuxième, en remontant le cours du Temps et en recommençant les bonnes actions jusqu’à atteindre son but… ou pas. Je n’en dis pas plus. Nihiliste, anticapitaliste, jusqu’auboutiste, Apocalypse est une fin totale, mais ce qui suit derrière ne sera pas mieux. Ryan Murphy, prophète des temps modernes?

American Horror Story : anthologie baroque de la terreur

L’été meurtrier

American Horror Story IX : 1984

Nous sommes en 1984, en pleine ère Reagan, en pleine guerre Froide. Dragon Ball vient d’être publié au Japon, Pinochet établit la dictature en Argentine, et la guerre du Liban éclate à Beyrouth. Mais tout ceci n’est qu’un contexte… car pour le moment c’est l’été à Los Angeles, et une bande de beaux jeunes gens décident de partir pour le Camp Redwood en tant que moniteurs dans une colonie de vacances. Elle est composée de Brooke, la nouvelle du cours d’aérobic venant de Pétaouchnoque, Xavier, le beau gosse dirigeant du cours d’aérobic, Chet, le type sympa, Ray, l’Afro-Américain de service, et Montana, grande gueule cocaïnée peroxydée. Une bonne raison pour fuir des meurtres violents à Los Angeles et les Jeux Olympiques et se payer du bon temps à peu de frais. La nuit tombée, Brooke est agressée par un sataniste comme « mise en garde ». Le lendemain, tous partent pour le Camp où ils font la connaissance de Margaret Booth, propriétaire du Camp, Trevor le directeur des activités, Rita l’infirmière, et Bertie, la cuisinière. Au cours d’un feu de camp, Rita leur dévoile les sombres atrocités qui ont eu lieu au Camp Redwood il y a de cela 14 ans par un certain M. Grelots. Ancien combattant du Vietnam, il chercherait en ce moment même à se venger de la 10e victime qui s’est échappée… Pourrait-il être le fameux meurtrier de Los Angeles ?

Si on pensait que Ryan Murphy ne cèderait pas aux lueurs de la nostalgie à la Stranger Things, c’est raté. On plonge carrément dans cette époque riche en épaulettes, vidéos kitsch d’aérobic, et aux cheveux défiant la gravité. On est clairement dans l’hommage un peu (trop?) appuyé aux slasher movies qui ont fait les beaux jours des salles obscures des années 80. Comment ne pas penser directement au fameux Vendredi 13 dont 1984 s’inspire (trop) largement ? Si l’envie de se taper le front nous vient à l’esprit, on ne peut s’empêcher de constater que Murphy, une fois encore, a réussi son pari de la nostalgie. En outre, il propose même un jeu d’acteurs parfois surjoué pour renforcer le côté « film d’horreur ado » de son sujet. Billie Lourd est très bonne en sensuelle gazelle folle d’hommes et de sensations fortes, Cody Fenn se mue en clone de Simon LeBon (chanteur de Duran Duran), Emma Roberts dans un rôle à contre-courant de demoiselle en détresse pas stupide, ou l’apparition trop rare d’Angelina Ross, en infirmière ancienne soldate, qui avait joué dans Roanoke. On retrouve Matthew Morrison en prof de sport libidineux porté sur la chose et encore une nouvelle révélation d’acteur : le stupéfiant Zach Villa dans la peau du tueur en série Richard Ramirez ! Sa prestation, incandescente et cachant une rage sourde, nous épate et arrive même à nous faire (beaucoup) peur. Citons le fameux M. Grelots, joué par l’excellent John Carroll Lynch (Fargo, Volte/Face, Twisty le clown de Freak Show, et John Wayne Gacy dans Hotel), présenté comme l’antagoniste de l’histoire, mais qui va vite nous faire virer de bord, au même moment que l’histoire prend un twist inattendu. L’atmosphère eighties est très bien représentée, avec ses vêtements criards et ses hits de l’époque (Kajagoogoo, Billy Idol, Cyndi Lauper), l’ambiance slasher également avec ses nombreux codes inviolés : psychopathe solitaire, bande de jeux décérébrés, jeu de massacre, sang et compagnie. Si l’on est tout aussi fan de l’univers barré de Ryan Murphy, une certaine lassitude s’installe, heureusement évacuée par des acteurs toujours plus méritants et un cadre desservi par une excellente photographie.

Le créateur de la série exposait des thèmes très personnels dans ses oeuvres (racisme, sexisme, rejet, intolérance, capitalisme, homophobie, violence). Dans 1984, il est question de nostalgie, des regrets du passé et de mélancolie. La dernière phrase prononcé par Montana l’affirme : « les années 80 ne mourront jamais, mec ». Le passé et le présent semblent toujours être maintenus par une corde raide où les esprits vagabonds voguent à leur aise, mais rarement apaisés. La frontière entre vie et mort y est toujours minuscule, comme pour dire que le temps n’est qu’au final qu’une grande boucle, un grand tout qui fait que les événements qui nous arrivent sont toujours connectés. Bien sûr, il est question de paternité, du poids des origines et des fautes du passé : voir le personnage bouleversant de M. Grelots, qui vient d’avoir un fils et se demande s’il ne sera pas aussi mauvais que lui. Une morale sous-jacente se profile alors : les actes violents sont punis par une errance éternelle, les actes méritants sont récompensés par de l’attente et de la douleur.

Cela pourrait aussi être une conclusion globale à l’ensemble de la série si l’on voit dans l’ordre les différentes saisons d’AHS : Murder House le deuil impossible, Asylum l’évolution contrainte, Coven la famille dysfonctionnelle et coincée, Freak Show le rejet brutal, Hotel le temps qui passe, Roanoke le miroir des apparences, Cult le monde politique et enfin 1984 la nostalgie névralgique.

Bonus vidéo : les génériques

Compilations des opening des saisons d’AHS

Nous sommes en face d’une compilation des génériques d’ouverture d’American Horror Story d’une rare beauté et qui personnellement me font un peu flipper. Un grand merci à Kyle Cooper, dirigeant de la société Prologue, un spécialiste des effets spéciaux car il a réalisé personnellement les génériques de films comme Mother !, Paradise Lost, Star Trek Beyond ou encore Rock’n’Rolla. Pas vraiment un débutant donc.

Le thème ? Celui de la saison en cours, avec des éléments graphiques extrêmement soignés et subtilement intégrés à l’ensemble. Pour plus de cohérence, chaque saison a son générique propre, sauf Roanoke, qui se contente d’un simple générique noir et blanc pour bien nous piéger avec le générique d’une véritable émission de télé. La musique y est stridente, violente pour les oreilles, tout comme les images qui défilent, pas franchement rassurantes. Murder House et ses vêtements d’enfant perdus dans le sang et les larmes, ou encore des gravures de sorcellerie pour Coven, ou bien un cirque miniature aux excentricités corporelles (la « botte-vagin », la tête qui vomit) pour Freak Show. Les éléments politiques sont plus subtils dans Cult, avec un voyou grimé en Trump devant une glace et un briquet prêt à enflammer de l’alcool, ou plus générationnels avec le splendide hommage des années 80 de 1984 avec ses vidéos d’aérobic sous acide recouvertes d’éclaboussures de sang et ses transitions style Miami Vice.

Bref, aucun générique ne se ressemble et nous aide davantage à apprécier les anthologies que nous offre la série. Un univers propre, gracieux dans son horreur, qui révèle plein de surprises à chaque plan. Excellent job.

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