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Air – 10 000 Hz Legend : le rêve de la machine

par | 9 Juil 2016 | Music and Me

N’avez-vous jamais eu envie de tout envoyer valdinguer sur un coup de tête? De remettre en cause toute une éducation musicale pour essayer quelque chose de nouveau? 10 000 Hz Legend pourrait être la réponse à cette fatale question.

Année : 2001 | Label : Virgin Records | Genre : Electro Pop

Si Moon Safari vous avez laissé sur votre faim, il se pourrait bien que le second opus du groupe Air vous surprenne, vous choque ou vous laisse atone. Car il ne ressemble en rien aux précédents opus du groupe, si on inclut la BO de Virgin Suicides sorti en 2000. Sombre, froid, d’une beauté glaciale, un rien cynique et assez effrayant, l’album surprend pour son malaise permanent, entre western sous acide et virées rétrofuturistes. Les fantômes d’Enio Morricone, de Michel Polnareff ou même de Kraftwerk semblent planer tout au long de l’écoute.

Finies les belles balades au soleil couchant, les flâneries au bord des lacs ou les sentiments douloureux des jeunes filles que nous inspiraient Moon Safari et Virgin Suicides, 10 000 Hz Legend nous plonge dans un monde métallique et étouffant, où les rares escapades semblent contrôlées par une machine dépourvue de sentiments. Dans cet univers déshumanisé (le beau Electronic Performers, Radian, People In The City) subsiste parfois des moments où l’on respire enfin (bouleversant How Does It Make You Feel, céleste Wonder Milky Bitch), avant de replonger dans l’étrange magie des boutons, chocs électriques ou cosmiques (le surprenant Lucky and Unhappy).

Pour mieux comprendre l’aboutissement de l’album, il faut se concentrer sur la décision de Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin d’avoir voulu tenter autre chose. La fatigue de la promo de Moon Safari, couplée à la fin d’une époque, puis la popularité de Virgin Suicides les poussèrent à tenter une autre voie. Bien entendu, bien leur a pris, car ils furent entourés des meilleurs (le chanteur Beck, Jason Falkner), changèrent de label (Source devenant une filiale de Virgin) et firent de grandes découvertes (une chorale de 40 chanteurs couplée à un vieil ordinateur rafistolé). Mal accueilli en France, l’album fait pourtant un joli score outre-Atlantique et surtout en Angleterre.

Ce combat entre l’homme et la machine est le thème récurrent de 10 000 Hz Legend, incarné avec brio par la jaquette du disque réalisée par Ora-ïto : dans une Monument Valley de western, subsiste une maison tout droit sorti d’une série à la Star Trek. Si l’on fait un zoom, on peut apercevoir les deux musiciens fixant l’horizon d’un drôle de regard : sont-ils heureux? Tristes? Perdus? La réponse se trouve (peut-être)dans l’album.