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Nous sommes en 2009. Un groupe de Londoniens noirs corbeau, nostalgiques de Joy Division, quittent leur cocon MySpace et leur nom Fear of Flying pour prendre l’envol de leur vie sous la dénomination White Lies.

Nous sommes en 2009, au Zénith de Paris. Je participe aux Inrocks Festival. Je vois d’un œil hautain de jeune adulte les groupes qui se profilent devant moi. Un sans faute pour The Kooks, qui a su montrer un certain professionnalisme et un don pour dévoiler les soutien-gorge de jeunes femmes. Beaucoup de joie pour Mystery Jets, un groupe convaincant et mélodieux. Plus sceptique cependant pour CSS, et la tendance n’aura de cesse de se confirmer au fil des ans (La Liberacion, album tout bonnement atroce), même si Nightcall était un sacré hit… Puis, des petits nouveaux apparaissent un peu comme des chiens honteux de redemander une seconde flopée de croquettes. Une ado goguenarde siffle un « ça va être sûrement un groupe de merde ». Pas sûr.

Grossière erreur que cette affirmation typiquement parisienne égotiste. A peine les cris s’apaisent qu’une lumière blanche aveuglante nous frappe en plein coeur. Le hit To Lose My Life retentit, avec une bonne pelletée de chansons d’une extrême qualité. Je suis tellement conquise que je vais les revoir quelques semaines plus tard à l’Elysée Montmartre (RIP in peace). Je suis devenue fan.

To Lose My Life..

A cette époque, 2009, sort leur premier album dans la foulée d’une excellente tournée en France où ils récoltent à juste titre des critiques dithyrambiques. Tout n’est que beauté glaciale et mélancolique, avec des singles efficaces comme le beau To Lose My Life ou leur titre iconique Death (on ne se refait pas), et Farewell To The Fairground, au clip neigeux et glaçant.

Tout était parti pour une carrière brillante.

 

Ritual

Fatalement, le second album est un peu moins bon que le premier, et plus joyeux. Du moins en apparence. Un peu trop de sucre sur les bords, mais ça passe. Quelques bonnes chansons, efficaces, sauvent le disque comme Bigger Than Us ou encore Holy Ghost, même si on reste loin de la froideur spectrale de leurs débuts.


Réalisateur : Canada (collectif)

Big TV

Et puis Big TV sort presque incognito, en 2013, et il est carrément supérieur à son prédecesseur. Le sombre et le glacé ont définitivement disparu, ormis la voix d’outre-tombe d’Harry McVeigh, qui plane tel un démon sur tout l’univers noir de White Lies. Une pléthore de chansons comme Big TV, There Goes Our Love Again ou encore Heaven Wait, prouve que le groupe a de la ressource en matière de charisme et d’aura. Car White Lies a une aura. Mystérieuse, parfois inquiétante, froide, mais fascinante. Mais l’album se vend mal, forçant leur label Fiction à les mettre à la porte.

Réalisateur : Goodtimes (collectif)

2016. White Lies est repêché in extremis par BMG qui n’a pas que ça à faire de produire un groupe jadis fructueux, et qui ose demander au groupe de produire lui-même son album … Résultat, Friends, un album… moyen.

Finie la coldwave qui avait fait leur succès, et bonjour aux facilités forcées (ou volontaires) sur l’ensemble des chansons du disque. Certaines mauvaises langues diront que c’est un mauvais album de plus, par un groupe dont on attendait beaucoup (trop?), et qui s’emballe sitôt que la machine se met en route. Peut-on réellement leur en vouloir? Friends, sous des dehors qui rappellent le plus mauvais des Wham !, peut s’avérer convaincaint sur le court terme, mais sur 48 minutes, cela fait cher payé le revival années 80.

Le sens de la rythmique, les refrains qui vous restent dans la tête sont toujours présents, mais l’on sent que le groupe s’est perdu en chemin. Certains singles paraissent comiques dans leur façon d’être kitsch, rappelant un film de Patrick Swayze option bronzage orange et cheveux décolorés. Certaines ritournelles fonctionnent mieux que d’autres, comme Don’t Want To Feel It All, ou encore Hold Back Your Love, mais le goût de sucre finit par envahir votre bouche et vous vous mettez à suffoquer face à l’overdose de bonbons.

Que c’est difficile de durer en ces temps marqués par le renouveau du streaming, de la bataille lassante des labels contre le piratage, les droits d’auteur bafoués par ces start-ups devenus monstres de la musique. White Lies avait été la sensation de 2009, comme tant de groupes avant eux (quelqu’un se soucie encore d’Alt-J ou de CSS aujourd’hui ?!), puis le temps a passé. Je m’accrochais à cette espérance qu’ils étaient quelque part les nouveaux Coldplay, c’est à dire un groupe dans la « fleur de l’âge », pas encore cramé par l’arrogance monstrueuse, les arrangements foireux, les paroles qui parlent de dompter les tigres, ou encore l’obsession des stades et des featurings douteux avec de jeunes chanteuses de R’n’B.

Si le divorce est définitivement consommé avec Coldplay (A Head Full of Dreams, clairement l’album de la fin pour moi), je ne veux pas encore croire à une disparition pour White Lies. Le chemin du succès est long et périlleux, même si Friends est clairement en deçà de qu’ils ont pu faire dans le passé, ce n’est que partie remise. Fear of Flying est mort, vive White Lies!

Friends, White Lies, BMG.

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