Deuxièmement, le rap, le r’n’b et le hip-hop. La sainte trinité donc.

Tout comme la plupart des gens musicaux, le rap connut une incroyable richesse dans sa recherche. Il n’était plus honteux pour un rappeur de faire des featurings avec des artistes différents (Rihanna et Coldplay, ou même Sia et Gims). Il n’était plus impardonnable pour un rappeur d’être mannequin pour des marques de luxe, et même collaborer avec succès avec eux – Kanye West et les Air Yeezy pour Adidas, l’une des plus grosses ventes de la marque. Il n’était plus scandaleux pour un rappeur français de truster les sommets des charts avec des albums 100% homemade. Le style, la vivacité des paroles, le travail des samples était plus authentique, centrée sur les recherches esthétiques des années 90 où l’ombre de 2Pac plane encore. C’en était presque fini du bling-bling du gangsta rap années 2000, dont on regrettait le basculement vers un style commercial, taillé pour les radios, plus occupé aux effets de style qu’à la vraie musique. Et surtout, ce genre, trop assimilé à la culture street, dangereuse, connotée « racaille », est devenu banal. Des artistes prodiges avaient su imposer un style connoté soul, voire jazz, comme Odd Future et le trop talentueux Tyler The Creator, qui en l’espace de quelques albums s’est imposé comme le renouveau du rap.

Si l’on peut critiquer un style parfois trop hermétique, le R’n’B a suivi dans ce sens, en évitant les sons trop violents et les tics agaçants de voix chevrotante à la limite du supplice. Une nouvelle fournée de chanteuses et chanteurs talentueux avait laissé entrevoir un avenir radieux pour ce genre qui commençait à s’essouffler : Owlle, Banks, Doja Cat, Drake. Une nouvelle génération de chanteuses, aux formes arrondies et aux idées acides (CupcakKe, Lizzo) au style novateur (Rico Nasty, Kelela, Kali Uchis). La chanteuse r’n’b sera certainement toujours vue comme une bonasse à voix de télé-crochet, mais elle a aussi changé, et n’hésite plus à parler de vergetures, de poids, de sexe violent ou bien de se transformer en vache. Le changement était là. Se grimer en femme fatale, faire dans l’excès, ou bien faire le scandale, c’était à présent bien vu. Le style porno chic avait fait des ravages : chantilly équivoque dans Anaconda de Nicki Minaj, bas résille et seins opulents chez Cardi B, clips à l’esthétique Brazzers pour Rihanna ou Rita Ora, style cartoon hentai pour Doja Cat. La nouvelle décennie avait constitué une véritable guerre des images, et il fallait rivaliser pour contrer tout ça, parfois dans la surenchère, surtout dans la démesure.

Que dire pour conclure ? Que tout ce joli monde évolue avec bonté et recherche, et qu’il continue à faire des merveilles.

Chromeo - Business Casual

12.

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Chromeo

Business Casual

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Année : 2010 | Label : Last Gang / Turbo | Genre : Funk / Nu-Disco

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Que se passe-t-il quand un juif et un arabe se rencontrent ? Une guerre ? Rah mais vous vous êtes trompés de site bon sang, retournez sur le Figaro! Non je parle de pacifisme, de musique funk, de belles gosses et de sons électro 80″s. Pee Thugg (Patrick Gemayel) et Dave 1 (David Macklovitch), deux Montréalais, se connaissent depuis le lycée, se complètent comme Laurel et Hardy et se décrivent volontiers comme « la seule et unique collaboration arabo-juive à succès depuis l’aube des temps. » Tout un programme ! Et derrière le symbole ? Une impressionnante exploration des genre nu-disco, funk, soul, et des synthés virevoltants, qui donneront forcément envie aux plus téméraires de se risquer sur le dancefloor. S’il serait facile de les cantonner à un rôle d’amuseurs du dimanche, le duo n’hésite pourtant à assumer à fond leurs délires de meufs, de musique ou d’histoires de gens bien sapés. Le très entraînant Hot Mess (duo avec la Roux),ou bien le mal nommé I’m Not Contagious et son style rétro irrésistible, la bande-son Night By Night, le nocturne et charnel Don’t Turn The Lights On, ou encore le drôlissime When The Night Falls, nos pieds nous font souffrir à force de trop danser, et notre tête tourne face à tous ces sons vintage qu’on n’a pas l’habitude d’entendre de manière aussi sincère. Parce que c’est ça Chromeo. C’est beaucoup de tendresse, de franchise et d’auto-dérision. Le funk électro n’est pas encore mort, on peut remercier le Québec d’avoir aidé à ça.

11.

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Doja Cat

Hot Pink

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Année : 2019 | Label : Kemosabe / RCA Records | Genre : R’n’B

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Bon, j’avoue. Le début avec Doja Cat n’a pas vraiment été formidable. Quand on voit « Mooo! », un clip avec une fille habillée en vache, manger goûlument milkshake et burger avec frites, en twerkant sur le fait de devenir un bovin avec un plan très gênant de seins en arrière plan, on peut se poser des questions. Mais bon, ça ne l’a pas empêché de devenir une vidéo virale et de faire un méga buzz avec près de 65 millions de vues… A vous de juger. Devrait-on en vouloir à cette jeune fille d’aimer un peu trop la provocation et les paroles sans queue ni tête ? Déjà créatrice d’un premier album Amala, sorti en 2018, formidable melting-pot entre l’électro, le rap et le r’n’b, Doja Cat est une fille bien plus rusée qu’il n’y paraît. La recette ? Un style extravagant, à la limite du bon goût, entre l’anime japonais et le cartoon, avec des paroles franches sur la sexualité, la weed, les mecs, l’amitié entre filles, l’absurde. Hot Pink se révèle, après plusieurs écoutes, attachant et drôle. Cyber Sex et ses délires orgiaques numériques, l’agressif Rules et ses paroles sans équivoque : « joue avec ma *bip*, mais ne joue pas avec mes émotions, si tu dépenses un peu d’argent, après je t’aurai peut-être baisé. » Pardon pour la vulgarité. Sous ses airs de chat de gouttière, Doja Cat bondit et sort les griffes, brandissant sa féminité agressive à grand coup de costumes dévoilant son anatomie autant que ses beats dévoilent sa voix chamarrée. Gare au chaton, il se transformera en panthère…

Yuksek - Living On The Edge Of Time
AlunaGeorge - Body Music

10.

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AlunaGeorge

Body Music

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Année : 2013 | Label : Island Records | Genre : R’n’B

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Le bon point avec un album plein de featurings, c’est qu’on peut découvrir des artiste inconnus qu’on aurait jamais pensé à écouter. Dans Settle de Disclosure, il était question d’un « duo prometteur » appelé AlunaGeorge. Qu’à cela ne tienne, j’aimais beaucoup la voix d’Aluna Francis, et l’idée de l’entendre sur un album entier m’intriguait. J’ai bien fait d’écouter mon coeur. Mon coeur justement, se retrouva embrasé d’un feu de Bengale, plus glacé par un souffle polaire avant d’être ravivé par un courant chaud. J’étais ensorcelée. Body Music est le parfait album de R’n’B contemporain, celui qui à mon sens représente tout à fait l’hybridation dont a fait preuve ce genre longtemps malmené. Ici, point de wannabe à la voix de chèvre sur des tintements de clochettes, mais un merveilleux organe vocal entre la poupée et la jeune femme en devenir, accompagnés de beats sombres, profonds, ou extatiques. Tout se mêle dans une transe perpétuelle pour faire bouger le booty comme disent les gens de bien. Lorsque j’écoute à la suite, la belle intro Outlines, suivi du monstre You Know You Like It, du splendide Attracting Flies et son flow imparable, puis de Your Drums, Your Love, et son charme ensorceleur, je n’ai plus les mots. De l’excessif Bad Idea, ou en passant par l’intriguant Lost & Found, Body Music a certainement plus voyagé qu’un cargo en direction des îles. Sublime !

9.

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Beastie Boys

Hot Sauce Commitee Part Two

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Année : 2011 | Label : Capitol | Genre : Hip-Hop

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Drôles d’oiseaux que ces Beastie Boys. Ayant commencé leur carrière dans le punk hardcore, ils se sont progressivement rapproché du rock, puis ont incorporé des éléments rap dans leur chanson, avant de définitivement l’adopter jusqu’à aujourd’hui. Rien que d’évoquer le nom et on se retrouve avec un historique aussi grand que l’Alabama. Il faut dire que Beastie Boys est une anomalie dans le paysage rap : blancs, juifs, de milieux modestes, regardés comme des curiosités mais qui ont fini par leur seul talent à se hisser dans les charts. Licensed To III sera l’album le plus vendu des années 80, et pendant très longtemps, jusqu’à aujourd’hui même, Beastie Boys sera le groupe de rap ayant vendu le plus de disques au monde, dépassant de loin Eminem et Kanye West !! Du coup, la question qui vous brûle les lèvres est de savoir : qu’est ce que ces trois larrons peuvent encore prouver à l’heure actuelle? La réponse fuse : Hot Sauce Commitee Part Two. Ou un savant mélange des influences noires, d’électro et de hip hop 100% fait maison, avec le flow imparable de Mike D, Ad-Rock et MCA. Un fantastique comeback au goût amer malheureusement : Ad-Rock quitta ce monde l’année suivante, victime d’un cancer, et le groupe se sépara définitivement dans la foulée. Cet album sera donc le dernier. Un chant du cygne étincelant, fougueux et généreux qui nous rend extatique et à la fois, songeur.

Beastie Boys - Hot Sauce Commitee Part Two
Drake - Views

8.

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Drake

Views

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Année : 2016 | Label : Cash Money / Republic / Young Money | Genre : R’n’B / Dancehall

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Ca a été dur de départager les albums de Drake : entre Thank Me Later (premier album, sublime), Take Care (la confirmation) le choix fut rude. Mais en regardant en détail, et même si la machine a un peu grippé (le décevant Scorpion), Views recèle des merveilles. Mieux vaut ne pas trop critique en écoutant Drake, vous risquez d’être surpris. Le prodige de Toronto signe ici un retour aux sources (la pochette a été photographiée là bas), à en juger l’intro toute en douceur, jazz dans ses arrangements (Keep The Family Close), et l’on glisse doucement dans un festival de trouvailles sonores : soul, beats électro, et surtout cette voix. Chaude, enveloppante, suave, ou cassante, violente. Drake parle de lui-même, de ses doutes de mégastar resté un enfant. Derrière un côté accueillant, l’album est plutôt froid, voire glacial à certains égards : U With Me, Feel No Ways par exemple. Que l’on étouffe (Hype), que l’on soit désorienté avec le gospel de Weston Road Flows, au final Views étonne. Sans compter sur le talent de Drake, bien entendu, qui a redessiné en l’espace de quelques albums le paysage du r’n’b contemporain. N’ayant peur de rien, il n’hésite pas à réinventer le genre. Rien que pour cela on le remercie. Dernier éclatement qui mérite que l’on écoute l’album : le dancehall Hotling Bling, qui a cassé tous les scores d’écoute sur Spotify, Deezer et iTunes à sa sortie. Une sorte de mise en garde : le fêtard Drake a été en proie au doute, mais il reste le roi de la party.

7.

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Beyoncé

Beyoncé

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Année : 2013 | Label : Parkwood / Columbia | Genre : R’n’B

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Je n’aime pas Beyoncé. Les arrangements bavards, la voix qui forçait trop, ce style kitsch, c’en était trop pour moi. Bêtement, je pensais que cela allait durer un moment. Mais si j’ai bien appris quelque chose en écoutant de la musique (de toutes sortes), c’est qu’au final on peut toujours être surpris. Beyoncé, sorti en 2016, a claqué le beignet à la snob que je suis, et à un bon demi-milliard de haters de la chanteuse, journalistes, hipsters fans de vaporwave, étudiants en architecture, professeurs de yoga, entre autres. C’est peu de dire que Beyoncé est un bon album. C’est surtout le sursaut inespéré d’une grande artiste, et c’est son meilleur travail en date. Fini la période Destiny’s Childs et ses singles tristounets, et place à une femme complète, épouse, mère d’une Blue Ivy, au sommet de son accomplissement professionnel et intime. Le chant triomphant Pretty Hurts, le sensuel Haunted, rempli de doutes, le duo en clair-obscur Drunk In Love avec son mari Jay Z, le beau à pleurer Blow, ou encore les magnifiques Mine (avec Drake), Superpower (avec Frank Ocean), le chant de la mère Blue Ivy. Beyoncé s’y révèle tour à tour incandescente, fragile, névrosée, perdue, colérique, conquérante, maternelle, ou encore séductrice. Jamais sa voix n’avait été aussi superbement mise en scène, aussi éclatante et aussi forte de ses capacités. C’est définitivement l’album de la réconciliation, j’enterre ma hache de guerre. La lionne n’est pas encore morte.

Beyoncé - Beyoncé
Jungle - Jungle

6.

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Jungle

Jungle

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Année : 2014 | Label : XL Recordings | Genre : Nu-disco / Funk / Soul

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Dans toute cette jungle foisonnante d’albums qui réinventent sans cesse leur propre genre avec un risque d’overdose, que reste-il comme île secrète à découvrir ? Et si finalement le secret était plutôt chez soi ? C’est ainsi que Jungle, groupe londonien, a décidé de traiter le problème à sa façon : en groupe et avec du cœur. Vous croyez le disco, le funk morts à jamais ? Et bien c’est une erreur car Jungle est un solide coup de frais dans ce genre qui commençait à sentir la naphtaline. Une brise fraîche et douce qui saura rafraîchir les étés les plus brûlants sans aucun doute. Tout commence par une chaleur incroyable avec le bien-nommé The Heat, puis tout coule de source : Accelerate, le hit Busy Earnin’, le swing de Time. Un peu comme avoir la Motown chez soi, en mode millenial avec un lifting qui rajeunit, ça ne refuse pas. Et attention à ceux qui croiraient que tout est de la pacotille. Le groupe, composé de T & J, affirment superposer de nombreuses « couches » qui se mélangent pour obtenir ce son à l’aspect brut. Trop systématiques les nouvelles technologies ? Jungle est la preuve que l’on peut faire du beau avec du vieux, et surtout à utiliser les nouvelles machines avec intelligence et parcimonie. Et tout se déroule parfaitement bien : les beats, les voix graves et sensuelles se mélangent avec bonheur. Tout comme écouter Jungle est un bonheur. Et il est rassurant de voir que même en Angleterre, les racines noires n’ont pas totalement été oubliées.

5.

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Kendrick Lamar

Good Kid, M.A.A.D City

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Année : 2012 | Label : Aftermath / Interscope / Top Dawg | Genre : Rap / Hip-Hop

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Contrairement à ce qu’on pense, Good Kid M.A.A.D City n’est que le second album de Kendrick Lamar. Le premier, Section.80, avait déjà été apprécié des critiques, et une communauté de fans s’était constituée. Et bien je vais vous dire une chose : si tous les seconds albums étaient de cet acabit, cela ferait longtemps que Nickelback aurait été les nouveaux Rolling Stones, croyez-moi. Parce que c’est l’un des meilleurs albums de gangsta rap que j’ai pu écouter depuis les années 90. Terminé les excès de ses confrères, plus occupés à rouler des mécaniques que de faire des bons disques, place à la musique. Good Kid M.A.A.D City est un album qui a été fait avec les tripes, et qui flirte presque avec l’avant-garde, tant ses recherches esthétiques semblent parfaites. Les paroles et les arrangements prennent le pas sur la forme. Le preux Bitch Don’t Kill My Vibe, l’énervé Backseat Freestyle, le funk délicieux de The Art of Peer Pressure, la ballade faussement tranquille de Money Trees, le très beau duo avec Drake Poetic Justice, le poignant Sing About Me, ou bien la véritable pépite de l’album, le single qui a tout explosé au Billboard US : Swimming Pools (Drank), l’un des meilleurs hits de rap de ces vingt dernières années. Sombre, violent, sur le qui-vive, tout comme la voix de Lamar glisse d’un style à l’autre. Un pari gagnant, car l’album est resté près de 358 semaines consécutives au Billboard, détrônant dans la foulée Eminem et consorts. Un nouveau prince du rap est né à Compton, et il s’appelle Kendrick Lamar. N’oubliez plus ce nom désormais.

Kendrick Lamar Good Kid, M.A.A.D City
Tyler, The Creator Flowerboy

4.

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Tyler, The Creator

Flowerboy

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Année : 2017 | Label : Columbia | Genre : Rap / Soul

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Depuis 2012 et pour une raison inconnue, Tyler The Creator semble ne réaliser que de grands disques. De Bastard, sa première mixtape, jusqu’à IGOR, sorti récemment, l’épopée Tyler semble être devenue aussi connue que les récits épiques de l’Antiquité. C’est qu’il est difficile de passer outre ce kid renfrogné, préférant les batailles de vomi avec ses amis, en se grimant en vieux, en handicapé ou en mec déformé parlant de fellations, des femmes, de poésie, ou que sais-je encore. Derrière ce côté très potache avec des blagues « toilet humor » comme disent les Américains, se cache un être complexé, sensible et obsédé par la quête du père. Il s’en délectait déjà dans des albums comme Goblin (le duo magique avec Frank Ocean sur She) ou encore Cherry Bomb. Tyler créé, mixe, aide ses amis d’Odd Future (Frank Oceal, Taco Bennett, Earl Sweatshirt), vend des fringues, tire la langue en interview, se moque des gens qui le traite de raciste, d’homophobe. C’est pareil avec les albums. Flowerboy est son opus le plus prude, le plus sensible, le plus personnel. Le mélancolique Foreword au spleen persistant, le piano tragique de Sometimes (il l’a appris en autodidacte à 14 ans), le féminin See You Again avec Kali Uchis, le colérique Whot That Boy avec A$ap Rocky, le fantastique Pothole avec Jaden Smith, et bien d’autres. La soul, le jazz, racines du rap, ne sont jamais loin. Tyler, en millenial, ne l’oublie pas et leur rend hommage à sa façon : brute, sèche, passionnée et violente comme un roman fantastique. Un chapitre de plus dans une saga du rap appelé Tyler The Creator.

3.

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Kanye West

My Beautiful Dark Twisted Fantasy

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Année : 2010 | Label : Def Jam / Roc-A-Fella | Genre : Hip-Hop / Rap

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On peut reprocher un tas de trucs à Kanye West : son caractère lunatique, son style vestimentaire discutable, ses tirades exagérées sur Jésus, la mort de sa mère, la mort, la mode, ses chaussures Air Yeezy à 700 boules, sa femme Kim Kardashian. Mais on peut tout de même lui reconnaître un génie dans sa façon d’arranger sa musique, à la manière d’un peintre arrangeant ses couleurs pour ses créations picturales. Parce que Kanye West ne ressemble à personne, sauf à Kanye West peut-être, et personne ne lui ressemble. Après une carrière très riche de près de 5 albums, tous plus géniaux les uns que les autres, est ce que « Yeezus » a encore quelque chose à prouver ? A peine se pose-t-on la question qu’il nous brandit, l’air goguenard, son testament : My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Vous est-il déjà arrivé d’avoir le souffle coupé ? Ecoutez ce disque. Tout comme un blockbuster, l’album multiple les rebondissements et les changements de style, en ne plongeant jamais dans la surenchère : Gorgeous et sa fragilité, le bien nommé POWER, la perle All Of The Lights, l’orgiaque Monster, le délicat et magnifique Runaway et ses danseuses au piano, ou encore l’électique Lost In The World. Plus qu’une fantaisie, c’est une vision complète et riche du monde que nous livre Kanye West. Une symphonie graphique et sonore qui s’esquisse sous nos yeux émerveillés.

Grimes - Visions
Kaytranada - BUBBA

2.

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Kaytranada

Bubba

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Année : 2019 | Label : RCA | Genre R’n’B / Soul

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Cela doit faire maintenant 5 ans que j’aime follement d’amour Kaytranada. Un producteur montréalais d’origine haïtienne, qui a commencé à être DJ à 15 ans. Il a ensuite peaufiné son talent de beatmaker dans d’épiques beat battles à Montréal au début des années 2010, un événement revenu brusquement à la mode. Puis, il est découvert en 2015, durant la Rebel Heart Tour de Madonna, et qui est plus JEUNE QUE MOI DE DEUX ANS. En 2016 au culot, il signe un album chez XL Recordings intitulé 99.9%, d’une rare beauté, et qui a réussi son pari de percer le milieu. Il enchaîne alors avec l’EP de Nick Murphy, Missing Link, qui avait ravi mon coeur en 2018. Depuis, il suffit de prononcer ce nom pour que tout le monde explose et déchire ses vêtements. Mais on savait déjà qu’il était très doué, il faut entendre les remixes et autres assemblages de beats qu’il publiait sur son Soundcloud pour s’en rendre compte. Après tout ce charivari, Kaytranada est-il toujours Kaytranada? Bien sûr. Une salve de moments épiques, plus soul et « black » que son prédecesseur :  2 To Music en duo avec Iman Omani, le virevoltant GO DJ, le mystique Gray Area, l’imparable 10% avec la voix ensorcelante de Kali Uchis, le salsa-like Midsection en duo avec Pharrell Williams. Moins cher qu’un billet d’avion et plus rentable, BUBBA risque de déplaire aux fans d’électro, mais comblera les gens comme moi à la recherche de sensations fortes. Kaytranada, ton nom est inscrit en lettres d’or au dessus des producteurs à succès, puisses-tu continuer à nous enthousiasmer encore longtemps.

1.

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Frank Ocean

Channel Orange

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Année : 2012 | Label : Def Jam | Genre : R’n’B / Soul

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Pendant dix ans j’ai pesté. Pendant dix ans j’ai pleuré de désespoir. Pendant dix ans j’ai enragé. Et puis la lumière était enfin venue, d’une chaude teinte orange. Et ce nom en diamants apparu dessus : Channel Orange. Si l’on devait retenir un album qui résumerait cette nouvelle décennie que furent les années 2010, Channel Orange mérite cette place, gravée dans le marbre. C’est non seulement le meilleur album de R’n’B de toute mon existence, qui surpasse de loin tout de ce que j’ai pu écouter du genre, mais c’est la découverte extraordinaire d’un artiste sensible, extrêmement talentueux, bosseur, génie de son état et gay de surcroît. Dans un milieu aussi mysogyne et homophobe que le sien, cette curiosité est un miracle. Tout comme sa musique d’ailleurs. Amenée des cieux sur Terre, tout transpire la grâce, la beauté et le spleen foudroyant d’une rupture amoureuse, d’un deuil impossible, d’une tragédie personnelle. Tout est beau comme dans un rêve : le fabuleux Thinking About You (qui a fait pleurer Beyoncé), le princier Sweet Life et son flow imparable, le suprême Super Rich Kids en duo avec Earl Sweatshirt, le spectaculaire Pyramids et sa seconde partie à tomber raide qui me ferait presque balbutier, le chant angélique Bad Religion ou Frank Ocean terrasse son auditoire de sa voix aux multiples possibilités, qui emmènent toutes vers une autre dimension. Un véritable choc que cet album, et qui mérite amplement d’être catalogué album de la décennie. Vive le R’n’. Vive Odd Future. Et longue vie à toi, Frank Ocean.

Frank Ocean - Channel Orange

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