Quatrièment, les francophones. Des surprises en série.

Etrangement, les Francophones se sont révélés éclatants et magnifiques cette dernière décennie. Et j’inclus les Français, les belges, les Suisses, et tous ceux qui parlent français dans leur chanson accessoirement hein. Et bien, vous, les Francophones, bah vous m’avez épaté hein ! A croire que la nouvelle génération, débarrassée des préjugés sur ce genre qui sentait un peu le saucisson-pinard, s’était émancipée de ses aînés et n’avait hésité à se mêler à la mêlée, et à embrasser des genres divers : rap, électro, jazz, voire soul. Et brusquement les expérimentations merveilleuses des années 80 étaient devenues cool, et il n’était plus question de ringardise ou de prise de risque. Le risque avait déjà été dépassé, et il ne restait plus qu’à avancer jusqu’à son but ultime. C’est donc gaillarde que cette génération nous pondit une salve d’opus de grande qualité à mon grand étonnement, et vous y trouverez la crème de la crème dans cet article.

Mais celui qui avait réellement gagné la party, c’était bien le rap. Débarrassée des préjugés, le rap français a connu une mue extraordinaire ces dix dernières années. Un temps condamnés à rester dans l’ombre, il est à présent exposé à ciel ouvert. N’ayant plus peur de faire des featurings parfois douteux, le rap français avait pris son envol. Même Télérama avouait, presque impuissant, que le rap français était devenue la nouvelle variété à la mode !  Et si l’on se moque gauchement des cas Jul ou PNL qui osent encore à l’ère des réseaux sociaux rester discrets sur leur vie privée, on pourra dire qu’ils ont réussi leur coup. Je vous rappelle d’ailleurs qu’ils n’ont signé avec aucune major… impensable il y a quelques années. D’autres artistes, au style tranchant, osaient remettre la poésie des mots dans des compositions électro : Damso et son style grinçant, Booba et son rap deluxe XXL, Nekfeu et sa classe folle, 1995 et l’amour du collectif, Lomepal et sa fragilité presque obscène, Roméo Elvis et ses textes cassants, Eddy De Pretto et son flow de gentleman. D’autres gardaient un esprit potache et sombre comme Orelsan, ou grand public comme BigFlo et Oli.

En un mot, je fus soufflée, et il est grand temps d’en parler en détail. Ce que je souhaite ? C’est que l’on évite les erreurs du passé et que l’on aille de l’avant sans oublier les grandes leçons des anciens. Et tout ce petit monde pourra continuer sa vie sans soucis. Et éviter de trop utiliser Instagram et faire du flow avec des casseroles et des poêles.

Roméo Elvis - Chocolat / Angèle - Brol la Suite

12. Combo belge

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Roméo Elvis – Chocolat

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Année : 2019 | Label : Universal / Barclay | Genre : Rap / Hip-Hop

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Angèle – Brol la Suite

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Année : 2019 | Label : Angèle VL Records | Genre : Pop

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Les frères et sœurs dans la musique n’ont pas toujours donné des résultats très heureux. On ne citera pas de nom afin de ne pas froisser les gens. Mais là on est dans un cas d’exception, car il y a un duo fraternel qui a tout cassé en 2018 et en 2019 avec la sortie de leurs albums respectifs : Chocolat pour Roméo Elvis (son second) et Brol, la Suite pour Angèle (réédition augmentée du premier). Le premier : du rap haut de gamme avec des réflexions sur le passé (Intro), la virilité (Les Hommes), la célébrité (Solo), le rapport complexe avec la musique (Kuneditdoen). Le flow grave et étrillé de Roméo Elvis sublime les beats électro qui parsèment l’album. De Intro, aux paroles dures, jusqu’à Perdu en duo avec (oh surprise) Damon Albarn, Roméo Elvis livre un impressionnant éventail de possibilités que le rap francophone peut faire. On pourra en dire autant pour Brol la Suite d’Angèle, édition enrichie de sept titres supplémentaires. Avec en sus, une sacré furie féminine et féministe, et énormément d’auto-dérision : Oui ou Non sur les indécis, Perdus sur la nostalgie des amitiés, Tu me regardes sur les jeux de l’amour et du hasard et bien entendu, Balance Ton Quoi sur le harcèlement sexuel. Francs, directs, sans concession mais avec de l’humour typiquement belge, Angèle et Roméo Elvis remportent nos cœurs et imposent leur style avec une certaine tendresse. Face à eux, devant tant de talent, je suis forcément breyoû*.

*Qui a la larme facile en belge.

11.

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Nekfeu

Feu

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Année : 2015 | Label : Seine Zoo / Polydor / Universal | Genre : Rap

On ne sait pas ce que l’on a lorsqu’on ne l’a plus. Ken Samaras, alias Nekfeu, comprend cette maxime plus que quiconque. Son sujet ? L’humain. Nekfeu est un humaniste dans le fond, à grand coup de baskets Asics et de flows ravageurs. Martin Eden, d’une implacable vérité, commence l’album, le bouleversant Mon âme en duo avec Sneazzy, Le horla et sa poésie écorchée. Nekfeu impose son flow dévastateur, débit mitraillette, sur la virilité, l’école, la misère sociale, les haters et les fauteurs de troubles. Nique les clones II et la question d’intégration, Rêve d’avoir des rêves et le besoin de s’évader. La Tempête sur la violence urbaine, Égérie sur la beauté féminine et sa musique classieuse, Reuf, un improbable duo avec Ed Sheeran qui fonctionne bien, La moue des morts sur la fin au sens large, le poignant Laisse aller, et la beauté élégiaque, insaisissable de On verra, véritable tube plein d’espoir, quintessence du style Nekfeu : douceur et noirceur. Tout s’emballe, la machine devient grippée: Ma dope, la drogue et la vie, Jeux d’Ombres et sa progression soul, Elle en avait envie sur les incertitudes des femmes, Princesse sur le double visage, Risibles amours et son flow en torrent sur la drague désespérée, Point d’interrogation sur l’avenir vrillé, ou encore l’étrange et prenant Être humain, la conclusion d’une lumière éclatante, qui donne du courage après toute cette descente âcre et difficile sur la vie du jeune urbain, beur ou blanc, qui vit sa vie ou vivote. Comme l’observateur, Nekfeu s’accroche à sa lucidité, non sans mal, et délivre de grandes vérités avec une absolue sincérité. La déflagration prend alors des allures de feux de Bengale.

Nekfeu - Feu
Stromae Racine Carrée

10.

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Stromae

Racine Carrée

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Année : 2013 | Label : Island France / Universal | Genre : Electro Pop

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On l’a trop critiqué, trop écouté, trop remixé, trop porté aux nues. Alors que le temps a passé, que les esprits se sont refroidis, il faut reprendre tout de zéro. Stromae n’est pas un petit joueur, il sort en 2010 la bombe Cheese, album dansant cachant une noirceur peu commune entre deux tubes d’eurodance (Alors on danse). Et on pensait être tranquilles. Ben voyons. Stromae possède beaucoup trop d’atouts dans ses poches pour rester dans son coin. Il aurait pu se contenter d’être un Niska de sous-préfecture ou bien de slammer dans une MJC obscure de Bruxelles, mais le destin en a décidé autrement. Porteur d’un double héritage (il est belge d’origine rwandaise), avec une enfance difficile (son père mort durant le génocide) et artiste dans l’âme (études de cinéma, il a travaillé comme ingé son), Stromae a beaucoup de choses à dire. Mais le pire c’est qu’il le fait trop bien : Ta Fête, douceâtre, Papaoutai, une chanson popu dans les karaokés, Bâtard ou l’héritage difficile, Ave Cesaria et l’hommage à la chanteuse en dans une salsa électro, Tous Les Mêmes, et son discours second degré sexy, le trop bien Formidable, Moules Frites et son amour de la Belgique, Carmen ou le conte cruel des réseaux sociaux, Humain à l’Eau et sa trap music, le très grinçant AVF avec Gims et Orelsan au sommet. Normal qu’on ait trop parlé de Racine Carrée, c’est la modernité qui s’exprime. Beaucoup trop de sincérité et de fierté, non sans douleur, sinistrose et tentation de la mort. Un disque complexe, cruel, mais avec bon fond. Et en arrière-plan, de magnifiques trouvailles sonores à base de dance, pop, sons afro-cubains, ou hip-hop. Un disque inoubliable tout simplement.

9.

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Orelsan

La Fête est Finie

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Année : 2017 | Label : 3e bureau / Wagram | Genre : Rap

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Qu’il est lointain où Orelsan faisait la polémique car il osait traiter son ex de péripatéticienne. C’était il y a dix ans donc. On ne reviendra pas là-dessus. Pourtant, le nom « Orelsan » m’avait interpellé et malgré la violence de la chanson, j’étais malgré moi fascinée, et un peu dégoûtée, et puis j’avais oublié. Je reviens sur lui en 2011 avec le Chant des Sirènes, hommage à l’homme-enfant qu’il était à l’époque, sorte de parodie de lui-même où il se voit comme un super-héros, un loser, un gourou. Mais bon, Orelsan était un peu devenu l’enquiquineur de service au mieux, au pire le rappeur de midinettes moqué par ses pairs. Ah vraiment ? Et bien, la Fête est Finie, c’est le moins qu’on puisse le dire. Orelsan a grandi (37 ans!), et il n’a plus trop envie de faire rire, mais plutôt de grincer des dents comme un daron et cracher sa rage avec des textes toujours au top, et une ambiance musicale travaillée. San, ou l’introspection triste et profonde, le cruel Basique et ses insultes délivrées avec une voix doucereuse, Tout va bien et son ironie cassante, l’excellent Défaite de Famille et son règlement de compte familial au vitriol, la Lumière et sa fausse promesses de bonheur, Bonne meuf et son second degré amer. Il s’amuse de lui-même avec Christophe en duo avec GIMS, Zone avec Nekfeu et Dizzee Rascal, Dans ma ville on traîne et son spleen de banlieue, La pluie et sa critique acide de la France d’en bas avec Stromae, le chicanier Paradis, d’une douloureuse lucidité, la conclusion Notes pour plus tard qui sonne comme une mise en garde. Orelsan a grandi, mais le mirage de la vie est plus âcre qu’avant. La fête est finie, on peut le dire maintenant. N’empêche, quel disque !

Orelsan La Fête est Finie
La Femme Psycho Tropical Berlin

8.

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La Femme

Psycho Tropical Berlin

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Année : 2013 | Label : Barclay / Universal | Genre : Pop / New Wave

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Bon sang de punaise de fesse. Imaginez un peu. Un groupe éclectique composé de gamins d’à peine 18 ans, Corses, Bretons, Parisiens, Marseillais qui ose inventer la musique française de demain. Rien que ça. Mais vous savez quoi? Ca marche. En 2013 se pose sur Terre un OVNI taille XXl appelé La Femme avec un délire baroque sobrement appelé Psycho Tropical Berlin. Même la snob que je suis a du mal à passer à côté de ce monstre de noblesse que représente l’album. Tant d’influence à décrire en si peu de mots : la France d’Elli & Jacno, les débuts de Taxi Girl avec un Mirwais rajeuni, la classe américaine, les films d’Alain Delon des années 60. L’elfe Clémence Quennelec (chanteuse principale) nous rassure autant qu’elle nous effraie de ses paroles obscures et flippantes (Amour Dans le Motu, la Femme). On ne sait où se raccrocher, alors le radeau vogue ici et là, à la recherche d’un bout de terre où accoster. Mais à chaque île, se cache une créature qui ne finit jamais de cracher : le stressant Sur la planche 2013, ou bien l’étonnant It’s Time To Wake 2023 qui raconte le futur d’une humanité perdue. Le décalage est édifiant entre des paroles qui paraissent sans queue ni tête, et un arrangement sonore digne d’Abbey Road. Lorsque j’essaie d’expliquer ce que j’ai ressenti en écoutant Psycho Tropical Berlin, je n’arrive pas à parler. Le mieux est que vous écoutiez l’album. Psycho Tropical Berlin : la folie psychologique humaine, dans un paradis ensoleillé et érotique ou règne la froideur allemande, je n’aurais pas d’autre conclusion à ce sujet, je m’en excuse d’avance.

7.

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Gaëtan Roussel

Ginger

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Année : 2010 | Label : Barclay | Genre : Pop

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Gare au Gaëtan. Le légendaire leader de Louise Attaque tente l’aventure en solo. Et le fait avec un panache tout particulier. Plus proche de Beck et les expérimentations anglaises de Massive Attack que de la variétoche saucisson-pinard, Ginger se révèle passionnant à chaque écoute. Du coup, un peu compliqué pour moi de passer à côté à ce disque épatant. Déjà, l’ambitieux Clap Hands, et la valse des mots, le hit Help Myself (Nous Ne Faisons que Passer) et ses questionnements durs sous un vernis de cirque, le duo magique Si L’on Comptait les Etoiles avec Renee Scroggings, l’entêtant Inside Outside ses refrains anglais, Mon Nom et cette bonne vieille guitare, la joliesse de Tokyo, la troublante beauté de Trouble en duo avec Gordon Giano, qui n’est autre que le leader de Violent Femmes… Ici, on ne fait pas les choses à moitié. C’est peut-être ça, la force de Gaëtan Roussel : la liberté totale et la prise de risque. Et cela fonctionne aussi bien pour Louise Attaque que pour lui-même. Fortement inspiré par les recherches esthétiques de Gorillaz, Roussel s’était mis en tête d’y injecter tout son coeur français dans cette souple à fort accent anglais. On aurai pu craindre le surdosage, et le mélange aurait tourné au vinaiger. C’est sans compter les talents évidents de Roussel dans la puissance de sa voix, des arrangements, et surtout d’une poésie musicale et vocale totale. Certains voudront crier au sacrilège de s’éloigner si prestement de la France et ses fromages, mais Gaëtan Roussel n’est pas dupe. Et pour une fois qu’un Français s’inspire de Damon Albarn et en tire un bon disque, on ne va pas s’en priver … bref, un opus dans l’air du temps.

Gaëtan Roussel Ginger
Klub des Loosers La Fin de l'Espèce

6.

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Klub des Loosers

La Fin de l’Espèce

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Année : 2012 | Label : Record Makers | Genre : Rap / Hip-Hop

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Ok le renouveau du rap s’exprime désormais dans les explorations musicales extrêmement travaillées. Et on commence en fanfare avec le Klub des Loosers, avec son célèbre rappeur masqué, qui nous sert sa dernière fournée : La Fin de l’Espèce. Titre fichtrement ironique lorsqu’on apprend ce qui s’est passé cette dernière décennie : terrorisme & co, artistes bafoués ou tués, Fyre Festival, festival de musique pour gogo tombé à l’eau, alcoolisme juvénile, toxicité des réseaux sociaux. C’est pas joli joli. Difficile de rester optimiste dans toute cette mêlée. Ne vous inquiétez pas, ce n’est visiblement pas le but de Fuzati. Toujours noir, toujours cynique, toujours implacable. Ici, point de salut : tout est à gerber. Vieille branche et son passé doré qui ne reviendra jamais, L’Indien et ses états d’âme au vitriol, Volutes et sa trompette desossée pour une vision crue de la société moderne, Destin d’hymen, ou le dégoût profond de l’humanité, puis enfin un rayon de soleil avec L’animal, sur une histoire touchante d’un amour qui a marqué Fuzati. Et puis non, tout repart dans la cuvette des toilettes. Encore Merci et les coups d’un soir, La Fin de l’Espèce et un accouchement qui passe mal au sens propre comme au figuré. La dégringolade, la fin du monde se profile à l’horizon : La Chute, et son piano sublime, Jeu de massacre, sans concessions, Non-père, implacable, Carte Postale ou le bonheur maigrichon, Au commencement ou l’espoir apparaît fragilement. C’est un portrait bien sombre d’une humanité au bord du gouffre qui est dépeinte par le merveilleux Fuzati. Des arrangements magnifiques, un flow intarissable et des paroles toujours aussi rentre-dedans.

5.

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Fishbach

A Ta Merci

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Année : 2017 | Label : Entreprise | Genre : Pop / Rock

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C’est bien simple, il ne faut jamais dire jamais dans la vie. Et si j’avais su que j’aurais un véritable disque de variété française, je n’y aurai pas cru. Mais quel disque ! Un véritable concentré de créativité et surtout cette voix. Une voix qui a vécu, avec du cachet, à la fois moderne et ancienne, qui dégage un charme fou. Plutôt dur de ne pas y succomber à mon humble avis. Il suffit d’écouter Ma Voie Lactée pour comprendre qu’on n’a pas affaire à une bleusaille, car Flora Fischbach (de son vrai nom) a bourlingué dans les milieux du métal et du rock avant d’enlever le c de son nom de famille et de se rapprocher plutôt d’une Jeanne Mas ou d’une Véronique Sanson nouvelle génération. Les Fluo Kids ont beau avoir disparu, Fishbach assume sans peur son héritage 80s dans ses chansons : Y Crois-Tu et son refrain sensuel, écorché, l’hypnotique Eternité, le tendre et céleste Un beau langage, ou bien Une autre que moi, envahissant, Feu et son atmosphère western horrifique, On me dit tout une ballade mystérieuse à la sauce Niagara, Invisible dégradation de l’univers et sa solennité cosmique, Le château et son conte rock sous acide, le mortel Mortel, Le meilleur de la fête, sombre astre, l’élégiaque A Ta Merci, sublime conclusion à un opus qui ne ressemble à rien d’autre. Une formidable odyssée sur les terres de Lio en mode sorcière des bois, électrisante, charnelle et enveloppante. Fishbach, nous sommes pris au piège de ta voix de Sirène attirant les marins vers de noirs desseins. Impossible de s’échapper.

Fishbach A Ta Merci
Stupeflip The Hypnoflip Invasion

4.

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Stupeflip

The Hypnoflip Invasion

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Année : 2011 | Label : L’Autre Distribution | Genre : Rap / Punk Rock

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Il faut le dire maintenant : en France, le rap aurait peut-être tendance à se prendre trop au sérieux. Parce que bon c’est bien d’être Basique, et qu’on est Tous les Mêmes, et qu’on cherche à être Sapés comme Jamais. Mais eux, ils aiment la musique ces loustics, mais business is business hein? L’argent ça tombe du ciel après et puis bon, on aime bien ça l’argent, tout va bien. Et puis le marketing s’en mêle et parfois, réduit à peau de chagrin ce qui reste d’intelligence et de créativité. Et hop, fini l’artiste, poubelle. Et bien un groupe a dit non à cette et décide tout bonnement de foncer dans le tas, de taper dans le lard, de casser la baraque quoi. Bon dieu. Vous vous souvenez de cette horrible interview pas préparée chez Ardisson ? Moi si et depuis ce jour, on a un peu mésestimé Stupeflip. Étiqueté à tort comme un groupe déjanté, il cache son jeu. Sous son masque de chaussette à papy, King Ju rappe comme on crierait au marché : c’est d’une franchise implacable, c’est brutal, charmant, cartoon, ou criant de vérité. Son chant de marin Stupeflip vite !! (14 millions de vues sur Youtube), La menuiserie et ses cris d’animaux, Lettre à Mylène et la critique de Mylène Farmer, le trollesque Gem lé moch qui moque la drague et déclenche l’hilarité, Haters Killah sur les terroristes, bref j’arrête ma critique. Il faut l’écouter pour l’aimer, le chouchouter, l’adore et le sanctifier. C’est un énorme cirque aux paroles parodiques niveau XXL, qui fait rire, qui secoue, qui reste gravé dans la peau, comme une sale tique sur les poils d’un chien. L’humour de mauvais goût a gagné, vite Stupeflip !

3.

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Moodoïd

Cité Champagne

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Année : 2018 | Label : Because Music | Genre : Electro

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C’est vrai, j’avoue, lorsqu’un chanteur s’exprime dans la langue de Molière, ça me fait vriller les cheveux, désolée. Alors j’ai décidé de remédier à cela et chercher dans la catégorie Electro s’il n’y avait pas quelque musique qui pourrait aller. Et bien vous savez quoi, j’ai trouvé mieux que ça. Après avoir écouté Je suis la Montagne des débuts tendres de Moodoïd, j’ai fini par comprendre que quelque chose était en train de changer. L’air du temps se faisait plus coloré, mais le goût était âcre. Une fraîcheur de vivre contrebalancée par une mélancolie qui colle à la peau. Pablo Padovani nous fait découvrir son amour du disco, des paroles alanguies, des éclats de beauté au détour d’une chanson. On aurait pu craindre l’overdose, mais heureusement, on est en face à un esthète, un inventeur qui sait quoi faire de sa voix et de ses doigts sur le clavier. L’élégiaque Langage et sa féminité, le piquant Reptile, le suranné Cité Champagne et son rythme funk, l’hommage new wave Miss Smith et sa douce quiétude, Bye Bye et son style Duran Duran, l’enlevé Chamberlain Hotel, Star et ses étoiles swing, l’audacieux Helena, le magique Amour Voiture, Kasbah qui casse la baraque à force de beauté, une version envolée et japonaise de Langage en duo avec Wednesday Campanella, un groupe tokyoïte. Une touche asiatique et rafraîchissante pour conclure un voyage court mais intense. Au fond, peu importe que l’on chante en espéranto ou en king charles, l’important c’est d’aimer Cité Champagne pour ce qu’il est : une expérimentation saisissante de plus dans le registre chanson française.

Moodoïd Cité Champagne
Christine & The Queens Chris

2.

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Christine & The Queens

Chris

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Année : 2018 | Label : Because Music | Genre : Pop / Electro / Funk

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A la manière d’une guerrière chinoise, Christine & The Queens décide de sacrifier sa crinière châtain foncé, d’arrêter les allusions un peu (beaucoup?) lourdingues à David Bowie ou Prince et de se concentrer sur ses deux talents : la danse option contorsionniste et la musique, tendance intense si vous voulez mon avis. Dubitative, j’écoute, j’apprends, j’analyse. Je doute, je blablate, puis je me rends à l’évidence : je suis en face d’une étoile. Christine & The Queens décide de tout plaquer, prend une apparence androgyne, change de nom en Chris, revêt marcel, pantalon de travail, uniforme masculin et professe un mélange masculin-féminin, floute les limites entre le féminité et la virilité, mélange la pop, l’électro et le funk dans une symbiose totale. La marque des futurs grands artistes assurément. Celle qui a failli travailler avec Gorillaz mais a collaboré avec Charli XCX dans Gone (splendide danse sous l’eau) professe sa liberté retrouvée dans des chants de guerre : le virevoltant Comme si on s’aimait, le dansant Damn, Dis Moi, La marcheuse et ses gémissements charnels. Chez Chris, on aime la sincérité et on aime danser, swinguer, groover quoi : Doesn’t matter et son refrain anglais entêtant, la séduction tout en finesse 5 dols, ou en lourdeur avec Follarse (« baiser » en espagnol. Ici, Chris est reine en son royaume : elle souffle le chaud et le froid, confronte la dureté et la douceur, mélange les genres musicaux et sexuels, s’inspire de ses références musicales avec intelligence. Sous le vernis de danse, c’est un album d’une immense force, plurielle, à partager entre mecs ou meufs, à 1, à 2 à plusieurs. Sacrée meilleure chanteuse française chez les Anglo-Saxons, Chris a de beaux jours devant elle. Que la fête continue !

1.

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L’Impératrice

Mata Hari

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Année : 2018 | Label : microqlima | Genre : Electro Pop

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 Après bien des atermoiements intérieurs, après avoir sué sang, eau et lymphe, avoir craché démons, chiens, pluie et marteaux, la conclusion est tombée. L’Impératrice est devenue mon Graal français, coincé quelque part entre les songes de Jean Michel Jarre, les singeries de Jean Jacques Perrey et ses faux airs de B.O d’un drame français so 70s avec pluie et parapluies. Une intro toute en subtilité avec Là-haut, la finesse d’une caresse avec Erreur 404, le fringuant Mata HariParis et sa promenade sous la Tour Eiffel, le leurre paradisiaque de Vacances, et enfin, la beauté, la splendeur même de Dreaming of You en duo avec Isaac Desilusion, qui résume en une seule chanson la possibilité d’une île, où règne enfin l’harmonie et le bon goût. Après cette halte exotique, on poursuit le reste, un peu hagard, sonné même, devant ce déploiement de bonne volonté trop rare dans la chanson française. On se retrouve dans un film à tiroirs, un immeuble désaffecté aux multiples étages : le thriller Masques, le charme orientalisant de Ma Starlight, le délicat Balade Fantôme en mode Emmanuelle, Matahari le retour et ses faux airs de film policier période Pialat, l’Entre-deux et son slow entre La Femme d’A côté et Hôtel des Amériques. Cinématographique jusqu’au bout des ongles, Matahari est une prouesse visuelle et sonore. l’Impératrice a retrouvé son empire et elle semble bien partie pour y rester. Clope au bec, rien ne lui échappe. Pas même le talent. L’avenir de la chanson française se pose là, il faut se multiplier avec intelligence, sans peur, et oser, enfin. Libérée des chaînes, elle sera forte…

L'Impératrice Mata Hari

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