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Nous y sommes arrivés, 2016 est bientôt finie. Cette année encore des retours gagnants, un peu de déception mais beaucoup de cool à la fin. Bref, voici le top ten de l’année.

The Last Shadow Puppets
Everything You’ve Come To Expect

Label | Domino Records – Genre | Indie Rock

Voilà bien huit longues années qu’on attendait le digne successeur de leur premier album éponyme qui avait su se mettre dans la poche les critiques (dithyrambiques) et les fans (émerveillés). Le savant mélange de mélancolie, de noirceur, et de bandes sons des films des années 60 avait fini par prendre et avait contenté tout le monde. Mais bon, Alex Turner avait des fourmis dans les jambes et Arctic Monkeys lui manquait salement. Tant pis, dirons-nous… Ou tant mieux. Les années ont passé, Kane et Turner continuaient leur chemin, laissant cet album comme une sorte de rêve inatteignable. Jusqu’à ce que le couperet tombe : Everything You’ve Come To Expect sort enfin. Et c’est diablement beau. Dès les premières secondes, on est transporté par l’incroyable maîtrise vocale et mélodique des deux Anglais qui ont bien fait de nous faire attendre tout ce temps pour faire mûrir leur  jeune pousse. L’album devient rapidement entêtant, grâce à des chansons catchy et une production sans faille de la part de James Ford, ayant œuvré pour Arctic Monkeys, Klaxons ou encore Simian Mobile Disco. Pour les amateurs de pop britannique grave et sensuelle.

 

Miike Snow – iii

Label | Downtown / Atlantic – Genre | Electro Pop

Bon c’est vrai, tout le monde connaît Madonna, Britney Spears, ou encore Kylie Minogue. Mais personne ne connaît le nom de ceux qui écrivent leur succès ! Vous savez, ces gens qui bossent dans l’ombre pour faire en sorte que votre petite chanson de trois paroles devienne un carton mondial? … Sortis de l’école nordique (comme Röyksopp ou Robyn), le groupe s’est donc construit une réputation de faiseurs de miracles dans l’industrie de la musique. Troisième album (tout de même) du trio suédois-américain, et confirmation que Miike Snow n’est décidément pas un groupe à prendre à la légère. My Trigger est un tube que n’aurait pas refusé une starlette en manque de reconnaissance, et Genghis Khan est fait de la même matière que les rêves, une sorte de célébration de la danse avec une pincée de bizarrerie en plus. On craignait comme leurs illustres patronnes une pop sucrée et facile à oublier, mais Miike Snow prend le problème à l’envers et arrive à rendre leurs dehors kitsch presque émouvants. iii est un album qui respire le cool, et qui sous sa couche de gentillesse cache une étrangeté fascinante.

 

Frank Ocean – Blonde

Label | Boys Don’t Cry /  – Genre | R’n’B

Celui qui a réussi à faire pleurer Beyoncé avec son méga succès Thinking About You a depuis fait son trou avec les plus grands (ladite Beyoncé, Jay Z, Kanye West!), tout en cultivant un style à part. Ocean est inclassable, sautant allégrement du funk le plus pur au rap agressif en compagnie de ses potes de toujours (Odd Future, Tyler The Creator), cultivant fièrement son homosexualité, et boycottant sans aucune honte les Grammy Awards où il a été sur-nominé – à juste titre d’ailleurs. Surtout, Ocean a une voix d’ange, de celle qu’on n’oublie pas, qui vous fracasse et vous laisse KO en l’espace de quelques chansons. Channel ORANGE était le renouveau inespéré d’un r’n’b qu’on croyait enterré par les lumières des charts, et logiquement, réaliser un second album après tout cela était un pari risqué. Raté. Blond casse les pronostics du second album forcément mauvais. Echoué à Londres pour fuir Los Angeles devenue invivable, Ocean décide de voir les choses en grand et produit son album lui-même dans les mythiques studios d’Abbey Road. En résulte un étincelant opus, où plane toujours sa voix suave et envoûtante, qui arrive parfois à m’arracher quelques larmes. Le planant et inquiétant Nikes achèvera de vous convaincre…

 

Beyoncé – Lemonade

Label | Parkwood / Columbia  – Genre | R’n’B

Jamais une artiste ne m’avait autant intrigué que Beyoncé. Que dire d’elle qui n’a pas déjà été dit ? L’une des artistes noires plus rentables de la décennie, une flopée d’albums cultes, mais qui ne récoltait chez moi qu’un intérêt assez faible malgré quelques pépites (Me Myself And I, Déjà Vu). Puis vient Beyoncé sorti en 2013. Et c’est le choc. L’artiste s’est complètement lâché pour livrer l’album le plus spontané et le plus vrai de toute sa discographie. Autant vous dire que succéder à ce monument était difficile. Pourtant, Beyoncé ne fait pas pire ou mieux, elle s’est carrément surpassée. La chanteuse se fait tantôt câline (Pray You Catch Me), tantôt tigresse (Don’t Hurt Yourself). Terminé le temps des girls bands en tenue camouflage, Beyoncé est devenue une femme, une mère, un modèle féministe, une artiste dans le sens complet du terme. Sa carrière est arrivée à un tel point qu’elle peut oser faire des featurings avec Jake White qui fonctionnnent, des sons plus électro qu’elle avait toujours laissé de côté, des chansons parfois hors de son répertoire (Love Drought). Un résultat impressionnant et une belle conclusion à une décennie de tubes.

 

Suede – Night Throughts

Label | Suede Ldt  – Genre | Pop

Avoir été l’un des parangons de la Britpop, le symbole d’une classe anglaise n’a jamais été aussi difficile à supporter. Tant de beauté, tant de force, et tant de capacités pendant des années et puis tous ces groupes s’effondrent un par un, du jour au lendemain. Pourtant, il reste encore des petits durs qui résistent encore et toujours à l’envahisseur, aux patrons de labels pourris et aux télé-crochets idiots. Brett Anderson n’a jamais raccroché. Pire même, il se bonifie avec le temps, seul et surtout en groupe. Depuis 1992, Suede n’a pas chômé, montrant le meilleur d’eux-mêmes, dans les concerts, leurs clips, leurs chansons, se construisant un univers chic, sombre, torturé. Une reformation qui a eu le mérite d’accoucher d’un énième album formidable, Night Throughts, qui prouve que les vétérans ont encore et toujours quelque chose de neuf à proposer. Un pari risqué dans un univers pop de plus en plus formaté, aseptisé, toujours dans la course au single le plus vendu. Suede s’en fiche complètement et nous livre un album concept sur un homme dont la vie part en lambeaux, avec au passage des clips de très bonne qualité, noirs, mélancoliques, remplis d’un indicible chagrin. Pépite des pépites, Night Throughts prouve que le temps qui passe n’est pas forcément une mauvaise chose.

 

The Avalanches – Wildflower

Label | Modular / Astralwerks  – Genre | Electro / Trip-hop

Putain, 16 ans ! Si l’on accuse Drake et Frank Ocean de perdre trop de temps entre deux albums – comprenez, deux ans c’est énorme pour les jeunes d’aujourd’hui – autant vous dire que The Avalanches ne mériterait qu’une flopée d’œufs pourris de leur part sur le visage… Le renversant Since I Left You sorti en 2000 avait fait comprendre à tout le monde qu’utiliser des samples à tout va n’était pas qu’un attrape-touristes pour pubards avides de « nouveauté » ! Australiens de naissance, The Avalanches avaient affronté la tempête des ayant-droits, des labels effrayés par leur éclectisme, la soudaine et dévorante célébrité. La joie de Since I Left You n’a pas complètement disparue, mais elle se mêle à une tristesse d’enfant, à la mélancolie d’un groupe qui a du grandir vite pour se protéger. L’album se révèle vite être un roller-coaster d’émotions dessiné par des trompettes tonitruantes, des claviers inspirés, des samples soul et funk d’une chaleur bienvenue. On succombe à cette  joie communicative représentée par le beau Frankie Sinatra avec MF Doom ou encore Subways, délicat et sensuel. Dans cette année 2016 politiquement chargée, on remerciera The Avalanches d’être ce papillon qui se pose sur votre épaule et vous encourage à continuer puis qui s’envole vers d’autres horizons…

 

Kanye West – The Life of Pablo

Label | GOOD  / Def Jam  – Genre | Hip-hop / Rap

On ne présente plus ce type capable de passer des mois à la confection de baskets, de créer une religion à sa gloire et d’un peu trop aimer les starlettes d’un jour, de les épouser et d’en faire des mères… Capable du pire aussi, comme écourter un concert par caprice, de foncer la porte de Louis Vuitton pour un oui ou pour un non, ou de faire irruption sur scène durant une remise de prix… Ah, Kanye. Si tu n’existais pas, il faudra t’inventer. Peu de rappeurs arrivent à garder leur sérieux en faisant des clips à base de chevaux au ralenti et d’envies de forniquer contre un lavabo, de faire des collaborations avec des artistes d’art contemporain. Kanye West lui, y arrive. Eminem ou Dr Dre ferait la même chose et ce serait la descente assurée. C’est Kanye, quoi. On retrouve toujours ses samples d’une rare qualité, des chansons calibrées pour plaisir au fan de service, un chaos artistique un peu brinquebalant mais qui tient toujours par magie, au détour d’un son funk ou d’une voix féminine rauque et puissante. Derrière la vocation de l’artiste (oui, artiste) de faire un album célébrant Dieu par le prisme du gospel, on y décèle l’obsession du rappeur pour le tube intelligent, Famous et Feedback en sont de parfaits exemples. On peut lui reprocher d’être bizarre ou angoissé, Kanye West fait tout pour stimuler sa créativité et celle des autres, et nous montre toujours le meilleur de lui-même d’album en album.

 

Drake – Views

Label | Young Money  / Cash Money  – Genre | R’n’B

En l’espace de quelques années, Drake est devenu le nouveau prince du R’n’B moderne, évitant les écueils propres au genre en n’hésitant pas à y ajouter des éléments pop, voire salsa ou reggaeton dans ses chansons. Chansons qui au passage, se transforment en véritables cartons, comme l’époustouflant Hotline Bling, parfaite chanson d’entrée ou de sortie de boîte, célébration de la fête perpétuelle. Mais Drake sait se montrer plus secret, comme dans Keep The Family Close. Sa voix arrive à certains moments à atteindre les splendeurs célestes de Frank Ocean, son meilleur ami, mentor et collègue. Cette voix qui vous cherche, vous trouve et vous renverse… La machine à tubes tourne à plein régime, sans accrocs (élégant U With Me?, splendide Feel No Ways), durant près de vingt chansons. Denrée rare de nos jours, où on crie au scandale pour un malheureux disque de quinze chansons ! Que dire de plus? Views nous transporte dans un voyage passionnant où l’artiste se montre comme toujours passionné, attentif à la note qui saura transformer sa chanson en plat de résistance. Un quatrième album que certains qualifieront d’efficace à défaut d’être original, mais qui a le mérite d’asseoir le talent évident d’une comète appelée Drake.

 

Justice – Woman

Label | Ed Banger Records / Because Music  – Genre | Electro

Cinq années d’absence ont suffi à donner envie à Justice de remonter sur le devant de la scène. Mais peut-on encore assurer devant la face du monde après des explosions comme D.A.N.C.E, DVNO, Civilization, ou encore On’n’On? Justice répond à cette question par la prudence. Si la formule du néo disco et de l’électro française la plus pointue n’a pas pris une ride, Woman célèbre la joie et la transcendance par le biais de la musique, qui de toute façon, a toujours eu des racines noires. Point de messe satanique aux accents métal comme dans ou de délire funk à la Audio Video Disco. Et encore moins de voix humaine sur toute la durée de Woman, on remerciera le duo pour cela. Si cette retenue risque de surprendre le fan de la première heure, le néophyte pourra apprécier la grâce un peu fragile de certaines chansons à la puissance cachée (Pleasure, Fire), ou de diamants encore bruts (StopChorus, Randy).  déballait l’artillerie lourde, tandis qu’Audio Video Disco n’était qu’une prolongation logique de l’œuvre globale de Justice. Mais la remise en question n’allait pas tarder à arriver, et Woman fit irruption dans nos oreilles fatiguées. Bref, l’album idéal pour fêter la fin de 2016 dans le mystère et la séduction.

 

Underworld
Barbara Barbara, we face a shining future

Label | Caroline International – Genre | Electro

Born Slippy Nuxx est le genre de single à phagocyter une carrière. Considéré à raison comme l’hymne de toute une jeunesse, la chanson avait été brocardée comme le symbole de l’acid generation. Underworld avait depuis continué son bonhomme de chemin en albums excellents (Beaucoup Fish), bons (Two Months Off) ou franchement mauvais (Barking). Les tubes avaient parsemé leur longue carrière dans la musique électronique : King of Snake, Rez/Cowgirl, Bruce Lee, Mmmh Skyscaper I Love. Challenge évident que de continuer à innover quand des DJ de seize ans enchaînent les succès alors que les vieux tremblent. Mais Underworld est fait d’une matière proche de l’onyx, increvable, toujours là, toujours au taquet. Il en faut plus pour impressionner deux Anglais de bientôt quarante piges, qui ont survécu à la vague trance, gabbber, big beat (sorte d’excroissance honteuse de la techno), au dubstep et ses dérivés. Le retour se fait donc dans la célébration prudente, mais inspirée. Fluidité et classe évidente sont au programme. Le sombre et superbe I Exhale, ou encore le passionnant If Rah ou la perle noire Low Burn prouvent que Underworld a encore quelque chose à dire sur l’évolution de la musique électronique.

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